Un simple accrochage

Publié le par Amy Madison

 

 

C’est la galère…

J’ai pourtant tenté d’éviter cette voiture. Trop perdue dans mes pensées, je suis passée par la gauche à l’entrée du parking, et merde, un accrochage et me voilà en tort. Heureusement, ça n’a pas l’air trop grave, un peu de tôle cabossée, pas sur ma caisse mais à la voiture de l’autre type.

Il sort et observe les dégâts les sourcils froncés.

C’est un homme d’un certain âge la cinquantaine, un italien a n’en pas douter, le typique gaillard méridional, le cheveu grisonnant par endroit.
Presqu’un compatriote, bien que je sois née en Belgique, je ressemble étonnamment à mon père qui venait de la merveilleuse Italie.

Or donc, je lui fais un grand sourire et prends l'air innocent et contrit, afin de calmer les deux yeux réprobateurs qui s’approchent de moi.

— Vous êtes assurée ? me demande-t-il tout de go.

Bien sûr que je suis assurée, pour qui il me prend ce type, je vais fouiller dans la boite à gant. Les papiers d’assurance sont bien là, mais pas de constat papier.
Bon, j’espère que l’autre en possède un.

Je retourne auprès du gars.
Et surprise, les sourcils défroncés, il affiche un sourire mielleux, j’ai la mauvaise impression qu’il me déshabille du regard.

— A ce que je vois, vous êtes italienne vous-aussi.

Et il me lance une phrase en italien, je ne comprends pas du tout ce qu’il baragouine.

— Non, lui dis-je, je ne parle pas italien.

— Quel dommage ajoute mon interlocuteur.

Allez ! ajoute-t-il, nous allons régler cela à l’amiable, nous pouvons nous arranger devant une bonne tasse de café.
Y aurait-il un bistrot dans le coin ?

— Non, mais j’habite à deux pas, si ça vous dit.

J’ai la nette impression que ses yeux se mettent à briller, mais oui il bave ce con. Il espère sans doute boucler cette histoire d’accrochage avec une partie de jambe en l’air. Pas de chance pour lui, je vais dans quelques minutes briser ses illusions. Ma fille et ma mère sont à la maison alors je suis tranquille de ce côté-là, ses avances, s’il prévoit d’en faire afin d’atteindre le nirvana vont se péter la gueule.

Nous déplaçons donc nos véhicules, qui encombraient l’entrée du parking.
Il me suit, je n’habite vraiment pas loin.

J’ouvre la porte, et devant le regard interrogateur de ma mère, j’explique la situation en quelques mots.
J’en oubliais presque le visiteur :

— Oh… Maman, et bien voilà, c’est …

Mais l’homme m’interrompt et serrant la main de maman avec un grand sourire:

— Carmelo, chère Madame, enchanté.

Maman sourit, c’est vraiment un homme aimable, elle lui demande :

— Vous voulez boire quelque chose, du café, un verre ?...

— Une tasse de café ce sera parfait. Et maman se dirige vers la cuisine pour préparer le café.

Je présente une chaise à Carmelo, et je m’assieds également à la table étalant devant moi les papiers d’assurance de la voiture.

Je lui demande :

— Vous avez un constat d’accident sur vous ?

— Laissez tomber me répond-il, on s’en passera, l’éraflure n’est pas trop importante, j’ai un ami carrossier qui arrangera ça.

— Alors, vous me contacterez afin que je vous rembourse les frais de réparation.

Maman entre à ce moment avec un plateau, 3 tasses de café et des petits beurres.

Elle s’installe avec nous. Elle est un peu surprise d’entendre la réponse de l’homme.

— Rien du tout, vous n’aurez rien à me rembourser.

Ma fille Alice qui jouait dans sa chambre a entendu des voix et elle descend par curiosité, nous ne recevons pas souvent d’invité.

Elle avise l’étranger assis à la table avec nous.

— Bonjour Monsieur, dit-elle en s’adressant à l’homme.

— Bella bambina ! s’écrie Carmelo.

Elle vient se blottir sur mes genoux et me demande tout bas.

— Il a dit quoi le monsieur ?

— Je crois qu’il a dit que tu étais une jolie fille.

Oui, j’avais réussi à traduire, ces mots-là étaient plutôt simples.

La conversation se poursuit, l’homme à une épouse et 3 enfants. Né en Italie, il a émigré en Belgique depuis une vingtaine d’années.

Je suis plutôt rassurée c’est un homme marié, et moi qui craignais un moment qu’il me fasse des avances, comme on peut se tromper parfois.

Après deux tasses de café et des tonnes de palabres, la pause pipi.
Carmelo demande la permission de se servir de mes commodités.
Je lui indique bien entendu le chemin, la porte au fond de la cuisine mène à un corridor, et la deuxième porte à droite s’ouvre sur une salle de bain équipée.
La première porte quant à elle, conduit à la chambre que je partage avec Maman.

L’italien va uriner, mais les minutes passent et je trouve qu’il tarde à revenir.
J’envoie donc la petite jeter un coup d’œil dans le corridor.

— maman, maman…le monsieur, il est dans ta chambre.

Que fabrique-il dans ma chambre ce type ? Il en a du culot.

Je n’hésite pas une seconde et Alice derrière moi je franchis la porte de la cuisine et ouvre la première porte du couloir.

Je cauchemarde, ce n’est pas possible…

Le zig me tourne le dos, son pantalon baissé et les tressautements de son postérieur ne me laisse aucun doute sur ses agissements, il est en train de se masturber.

Merde !... Ma gamine, elle est toujours derrière moi, je dois l’empêcher d’assister à ce spectacle dégoutant. Je la repousse tant bien que mal et lui ordonne de retourner dans la salle à manger.

Le type m’entend, et se retourne d’un bloc, souriant de toutes ses dents, même pas gêné d’avoir été surpris.

Et comble de l’horreur posé sur la couette, un cadre qui représente ma fille à la mer en bikini. Ce salaud s’excitait sur ma gamine.

— Vous aller vous rhabiller et foutre le camp d’ici espèce de salaud ou j’appelle les flics.

Je suis furieuse.
En plus, il sourit sans aucune honte, aucun regret.

Comme il s’approche de moi, je vois partir son poing lancé à toute vitesse.
Il y a comme un éclair, ensuite une brulure dans mon ventre. Un couteau, il m’a enfoncé un couteau dans l’abdomen et je pisse le sang.

L’homme sorti, j’enlève la lame de mon corps. Ça me fait un mal de chien.
Je me sens faiblir, je sais que cela est dû à la perte de sang.
Dans les films, ils appuient sur la blessure avec un linge, je dois absolument arrêter cette hémorragie.

J’entends des cris… « Maman, Alice… je dois les aider. »

Un de mes tee-shirt appliqué sur la plaie, je me traine péniblement jusqu’à la salle à manger.

Maman est à terre, et je ne vois pas Alice, par contre je l’entends crier, et un autre son retentissant parvient à mes oreilles, l’homme occupé à forcer sa porte.

Je dois appeler la police, je me saisis de mon smartphone, plus de batterie. Maman est toujours inanimée sur le sol, je n’ai pas le temps de m’en inquiéter, je dois agir et vite.

Je ne pourrais jamais gravir cet escalier, je suis trop affaiblie, je tremble, j’ai les jambes en coton, c’est à grand peine que j’arrive à me maintenir debout.

Péniblement, je me traine, mètre après mètre, seconde après seconde. Jusqu’à la porte d’entrée, le chemin semble interminable. Je tends mes dernières forces vers le salut, je dois sortir de la maison, trouver de l’aide.
Que va-t-il faire à ma petite fille ce monstre ?...

J’atteins enfin la porte, les voisins sont rentrés, je les entends, mais je n’en puis plus, je n’y arriverai jamais, le chien aboie, je m’effondre devant chez eux.

C’est là qu’ils vont me trouver, ces braves gens ont appelé la police et les secours, des sirènes hurlent.

Ils m’embarquent dans l’ambulance et je demande faiblement :

— Ma fille, où est-elle, est-ce qu’elle va bien ?

Leur seule réponse :

— Ne vous inquiétez pas madame, on s’occupe de tout. Et je sombre ensuite dans un trou noir.

Je me réveille dans un lit d’hôpital, maman est là, Alice se tient à ses côtés.

Ma mère me raconte ce qui est arrivé dans la maison.

Courageusement elle a gravi les marches, l’homme venait d’enfoncer la porte et tentait de maitriser la petite qui criait et se débattait. Elle lui a enfoncé le tison en fer forgé du poêle à bois dans le dos. Il est mort sur le coup.

Un pédophile de moins sur la terre.

            (Auteure : Amy Madison)

Publié dans Nouvelle

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