Fin du monde

Publié le par Amy Madison

Du sable noir où mes empreintes de pas n’apparaissent pas, un ciel blanc sans soleil, sans lune, sans jours, sans nuits, et toujours cette lueur blafarde qui éclaire péniblement ce désert gris cendre. Tout est terminé, la fin de notre monde est arrivée, je ne sais comment j’ai pu y échapper, tout a brûlé, tout s'est carbonisé, même le sable sous l’effet d’une chaleur intense, ne laissant autour de moi jusqu'aux limites de l'horizon, que cette couleur de mort et de désespoir. Je dois continuer, droit devant moi sans savoir où me mènent mes pas. J’aurais voulu mourir comme tous les autres, ne pas survivre, mais mon destin était tout autre. Alors j’avance rempli d’un maigre espoir, trouver des survivants.
 
J’ai si chaud, j’ai tellement soif, et cette odeur de charogne qui me colle à la peau et s’introduit dans mes narines. Pas un souffle de vent, tout s'est arrêté. Autour de moi, je ne vois qu’un univers immobile, pétrifié. Je suis si fatigué, si je pouvais seulement me reposer une minute ou deux, mais je sais que cela signifierait mon arrêt de mort. Alors, un pas après l’autre, je me déplace comme un bateau ivre sur une mer calme, trop calme.
 
Je m’habitue au manque de nourriture, mais je dois boire si je veux survivre. Ma bouche est desséchée comme une vieille pomme ridée, j’ai la langue comme du carton, je n’arrive même plus à déglutir un seul zeste de salive. Et ce désert m’emprisonne et me nargue par son infinitude.
 
Je prends mon couteau, si je dois partir ce sera à ma manière, j’ai du liquide en moi, j’entaille mon poignet, légèrement, juste assez pour pouvoir y boire un peu de mon sang. Ça me fait du bien, je sens mes forces revenir. J’appuie sur la plaie, je ne dois pas me vider, m’affaiblir, mon cœur en a besoin pour continuer à battre. Continuer à me porter sur ce désert de malheur.
 
Je délire, assis à la terrasse d’un café, je bois tout mon saoul, ça fait du bien, la serveuse est jolie, mais elle s’enflamme, et de cette torche vivante il ne reste qu’un amas de cendre grise. J’aurais voulu connaître son nom.
 
Comme un enfant qui apprend à marcher, je me trébuche à mon autre pied, et je m’étale de tout mon long. C’est horrible ces grains de sable qui s’infiltrent dans ma bouche, j’essaie en vain de les recracher, le goût en est écœurant. À genoux sur le sol, je vomis mes tripes, j’ai de l'amertume dans la bouche, mon estomac est vide, douloureux, noué de crampes, mais tout vaut mieux que cette infecte saveur de mort. Je dois me relever, je vois quelque chose là-bas, une sorte d’éclair qui scintille, mais peut-être n’est-ce qu’un mirage, mon imagination qui me joue des tours ? Mais qu’importe, encore un peu de sang, puis j’arrête. La blessure ne saigne même plus, même mon sang s’est épaissi, je sais ce que cela signifie, je suis déshydraté.
 
Je me redresse, j’ai mal à la tête, la douleur est insupportable, je pousse un cri de douleur qui se perd dans cette étendue indifférente, et des picotements envahissent mes pieds, montent dans mes jambes. J’ai de plus en plus de mal à avancer. Le désert se met à tanguer, il se transforme en océan et encore cette lueur comme un phare dans la nuit.
Mais je n’en peux plus, je m’écroule. Épuisé, j’abdique devant la fatalité, j’accepte que la mort vienne me prendre et m’emporte ailleurs, et que cesse enfin cette douleur qui brûle mon cerveau, ces crampes qui me tordent le ventre.
 
J’ouvre les yeux, encore une hallucination, je sens le goût de l’eau sur ma langue, un homme me sourit, il est enveloppé de blanc, j’entends sa voix.
Tout cela est bien réel, je suis sauvé.
 
                                              (Amy Madison)

Publié dans Prose

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