Dans l'égout

Publié le par Amy Madison

 

 

Je viens à peine d’ouvrir les yeux, et aucun souvenir ne perle à ma mémoire, j’ignore qui je suis, d’où je viens, où je vais. Il fait sombre et froid je distingue faiblement des ombres qui se pressent, j’entends le bruit de leurs pas sur le sol humide. J’avance porté par une fureur indéfinissable. Une envie féroce de voir couler le sang, d’étriper un être vivant et de lui arracher les entrailles s’impose à moi.

 

Une femme marche à quelques mètres, je la suis. Inquiète, elle tourne brièvement la tête et une mèche de ses cheveux s’échappe et s’agite au rythme du vent glacial qui tente obstinément de lui arracher son léger manteau de laine. Je presse le pas, un regard sur mes mains moites de sang, et je serre le couteau effilé. Il n’y a plus que cette femme et moi, la distance s’amenuise, je suis presque sur elle. Quand elle tourne la tête et ouvre la bouche pour laisser échapper le cri de terreur qui va jaillir de ses poumons. Mon poing lancé vers son visage avorte son hurlement. Elle vacille et tombe dans mes bras.

Chargé de mon fardeau, je cherche un endroit calme, un endroit où je pourrais tout à loisir satisfaire mes instincts. La plaque sombre d’une entrée d’égout attire mon attention, je dépose ma charge un moment afin de dégager une ouverture suffisante pour y glisser la femme. Elle atterrit quelques mètres plus bas. Au bruit de l’impact, je pense que mon colis doit être dans l’eau. J’espère qu’il n’est pas trop amoché.

Il doit y avoir une échelle scellée au conduit, je la trouve sans difficulté, m’y introduis à mon tour et rabattant la plaque d’égout, je descends lentement dans le noir le plus complet. L’eau est peu profonde, la femme commence à bouger, très bien, au moins elle n’est pas morte, pas encore... J’aperçois une lueur entre les mains de ma victime, un téléphone! elle tente d’appeler du secours. Pas de chance pour elle, je suis rapide et avant qu’elle ne puisse l’utiliser, je m’empare de cette source de lumière qui va se révéler fort utile.

Je la saisis par les cheveux et je m’enfonce dans l’obscurité, traînant derrière moi la jeune femme qui hurle de douleur et se débat comme une forcenée. Ses cris faiblissent enfin, elle s’est évanouie. Je la projette sur le côté dérangeant quelques rats qui s’écartent en couinant. Première chose à faire, l’empêcher de s’égosiller.

Sur le coup de la douleur, elle ouvre les yeux agrandis par l’effroi, elle voudrait hurler, mais un flot de sang l’en empêche et lui emplit la bouche. Je viens de lui couper la langue.

Horrifiée, les yeux agrandis de terreur elle émet un borborygme ridicule.
Trop drôle!

(Amy Madison)

 

 

Publié dans Prose

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