Antoinette

Publié le par Amy Madison

 

Je m’appelle Antoinette.
Aînée de trois enfants je nais en juillet 1932 dans la région de liège en Belgique.

Mon père travaille en usine, ma mère femme au foyer est très pieuse, ce qui pour mon grand malheur m’obligera à fréquenter une école catholique.

Quand la guerre éclate le 10 Mai 1940, j’ai sept ans et demi, quelques jours plus tard notre maison est touchée par un obus. Mon père, ma mère mon frère Luc et moi nous réfugions successivement chez un voisin, chez grand-père, chez une tante, dans une usine, puis dans la cave d’une église
Pas simple de loger chez d’autres personnes, même de sa propre famille, nous retournons alors chez nous après quelques réparations de fortune effectuées par notre père. Nous dormons dans le garage, la cuisine est encore en bon état

Le 10 Juillet 1940 ma mère accouche de mon plus jeune frère Jean et elle ne survit pas.

En septembre, c’est décidé nous allons en orphelinat à Seraing.
L’orphelinat catholique comporte deux ailes bien distinctes, l’une pour les filles, l’autre pour les garçons.

Une vraie vie de « bonne sœur », levé à 5h30 couché à 19h, les prières sont obligatoires à toutes heures du jour, deux messes et vêpres le dimanche, l’école sans récréation, et beaucoup de corvées, comme le nettoyage ou l’épluchage des légumes.

Le jeudi saint, la messe du matin est interminable. Ce jour-là à jeun, après une toilette rapide, tenaillée par la faim, je m’évanouis pendant l’office.

Je m’appelle Antoinette.
Aînée de trois enfants je nais en juillet 1932 dans la région de liège en Belgique.

Mon père travaille en usine, ma mère femme au foyer est très pieuse, ce qui pour mon grand malheur m’obligera à fréquenter une école catholique.

Quand la guerre éclate le 10 Mai 1940, j’ai sept ans et demi, quelques jours plus tard notre maison est touchée par un obus. Mon père, ma mère mon frère Luc et moi nous réfugions successivement chez un voisin, chez grand-père, chez une tante, dans une usine, puis dans la cave d’une église
Pas simple de loger chez d’autres personnes, même de sa propre famille, nous retournons alors chez nous après quelques réparations de fortune effectuées par notre père. Nous dormons dans le garage, la cuisine est encore en bon état

Le 10 Juillet 1940 ma mère accouche de mon plus jeune frère Jean et elle ne survit pas.

En septembre, c’est décidé nous allons en orphelinat à Seraing.
L’orphelinat catholique comporte deux ailes bien distinctes, l’une pour les filles, l’autre pour les garçons.

Une vraie vie de « bonne sœur », levé à 5h30 couché à 19h, les prières sont obligatoires à toutes heures du jour, deux messes et vêpres le dimanche, l’école sans récréation, et beaucoup de corvées, comme le nettoyage ou l’épluchage des légumes.

Le jeudi saint, la messe du matin est interminable. Ce jour-là à jeun, après une toilette rapide, tenaillée par la faim, je m’évanouis pendant l’office.

 

 

 

On arbore d’horribles tabliers bleus lignés, l’un pour nettoyer, l’autre pour l’école, un troisième encore pour le dimanche.

Mais la guerre continue, pendant les bombardements ,souvent en pleine nuit, nous nous réfugions à la cave.
Comment retrouver le sommeil après une heure passée à se terrer sous terre ?

La nourriture souvent me rebute de la soupe au riz et au gras, de l’immonde choucroute que j’avale sans respirer je n’ai pas le choix,les sœurs nous regardent d’un air sévère.

Nous restons dans cette institution un an et demi. A présent on nous évacue en train mais nous sommes séparés, je vais à Stoumont et mes frères à Verviers.

Stoumont, c’était à l’origine une colonie de vacances, les sœurs sont un peu moins sévères.
On se lève un peu plus tard 6h30 pour la messe. Nous allons toujours à l’école. Nous récitons encore beaucoup de prières.

L’après-midi, nous faisons une sieste au cours de laquelle une sœur vient nous chercher un par un pour l’épouillage, et les cheveux courts sont de rigueur.

Nous avons également des corvées, raccommodage des vêtements, ramassage de bois et pommes de pin dans le bois, et de fruit dans le verger d’une ferme voisine.

Nous ne sommes pas des pensionnaires comme les autres, mais
« les Cockerills »

 

La guerre s’est rappelée à nous avec l’offensive des allemands en Ardenne.

De nouveau, la cave, avec l’interdiction d’allumer la lumière. On y dort, on ne mange plus, on n’en sort plus c’est trop dangereux. Nous sommes en hiver, il fait froid, et dehors c’est l’enfer. A l’extérieur, Un homme blessé appelle sa maman, il gémit pendant des heures puis il se tait.

Parfois des Allemands armés descendent dans notre cachette, une sœur livre un allié qui se cache dans notre cave, c’est lui ou nous
Après les Allemands, c’est Les Américains qui cherchent des ennemis.
Les Alliés reviennent avec un véhicule pour nous évacuer, on sort de la cave.

Éblouie par la lumière du jour, je dois enjamber le cadavre de l’homme qui a rendu l’âme, j’aperçois une vache morte, puis nous montons dans un camion.
Ils nous amènent dans le village de Lorcé-chevron, nous y mangeons, ensuite on nous installe dans la salle des fêtes. Il y a de la paille sur le sol.
C’est agréable de dormir bien au chaud.

Huit jours plus tard une ambulance arrive, et ramène à l’orphelinat de Seraing les dix « Cockerills ».

Ils préviennent mon père, qui vient me rechercher.
Mais je ne suis vêtue que d’une jupe et d’un pull pas très chaud pour la saison, à l’orphelinat on me donne une cape. Radins, ils me la réclameront plus tard.

Les moyens de transport sont interrompus, et l’on doit effectuer une partie du chemin à pieds sur quelques kilomètres.

Dans la neige et le froid, sous la menace des V1, avec mes pauvres chaussures légères, et serrant autour de moi une cape bleue le voyage me paraît interminable.
je n’ai jamais eu aussi froid.

Mon père a déménagé, une autre maison m’accueille.
Deux mois plus tard, il fait le nécessaire pour récupérer mes deux frères

 

La guerre finie, J’ai maintenant 13 ans.

Mon père travaille comme « marchand de journaux » il part chaque matin sur son vélo faire la distribution.

Je fais la cuisine, le ménage, je me rend à la pompe pour prendre de l’eau, et il n’y a qu’un seul WC pour toute la rue.
Je transporte nos vêtements sales chez ma tante car contrairement à elle, nous n’avons pas encore de machine à laver.

C’est un des tout premiers modèles. Je dois tourner la manivelle pour laver le linge, une corvée pas possible .
J’ai fini l’école primaire, mon père m’a placé d’office en coupe et couture, plus tard je me cultiverai en lisant des livres.

C’est ma tante qui m’apprendra à jouer du piano, et j’aurai toujours une grande inclination pour la musique classique.

Je suis à présent adolescente.
Mais si je veux sortir pour aller au cinéma, je suis obligée d’emmener mon petit frère, alors sentimentalement c’est le désert. De plus je suis plutôt timide.

Mon père est sévère et a la main leste. Il tape parfois sur nous, de plus comme je suis une fille je n’ai aucun droit et il me le fait bien sentir.

Les années passent entre le ménage, la lessive et l’école, je désespère de pouvoir trouver un jour un mari.
Je me trouve plutôt quelconque. Aucun garçon de mon âge ne me fait de compliments ni même un semblant d’avance, les autres filles ont bien de la chance…

Rester tout le reste de ma vie avec un père tyrannique ne m’enchante guère . Et mes frères ne m’aident pas du tout dans les durs travaux du ménage.
Ce sont des garçons, de futurs hommes . Et moi étant une fille, mon devoir est de m’occuper de la maison comme ma mère avant moi.

A dix huit ans mon plus jeune frère décède à son travail, victime d’un accident

 

Le temps passe et la jeune fille que j’étais est à présent une adulte.

A l’âge de vingt trois ans, accompagnée par ma tante et ma cousine, je me rend à un bal et je fais la connaissance de Giovanni, un jeune expatrié italien.
Afin de partir de chez moi, je l’épouse assez rapidement .

Mon mariage, s’il m’a permis d’échapper aux griffes de mon père, est une catastrophe.
Mon époux a des crises de nerfs fréquentes et casse tout. Mais malade du cœur il part très tôt me laissant quatre enfants sur les bras.

Suite à son décès , je retourne chez mon père, où j’apprécie sa radinerie coutumière. Aussi je me mets assez rapidement en quête d’un autre homme.

J'en rencontre un par l’intermédiaire d’une agence matrimoniale, et ma foi je l’épouse.
Mais je déchante vite, il travaille mais me rend de moins en moins d’argent. Je dois jongler et me débrouiller avec pas grand-chose pour donner à manger à toute ces bouches à nourrir, car il m’avait caché bon nombre de ses enfants. Nous sommes dix à table . les filles m’aident un peu pour la vaisselle et le ménage.
Et, je tombe enceinte pour la cinquième fois.

Nous devons louer de vastes maisons pour contenir notre grande famille , et ce n’est pas toujours facile à trouver. Mon époux part souvent à la chasse ou à la pêche, je me retrouve bien souvent seule.

Ce n’est pas vraiment la vie dont je rêvais. Mais je n’ai pas le choix . Il n’y a aucune issue pour la femme au foyer.
Le quitter avec mes enfants…Que ferai-je ?...

Il décède d’une embolie, et je me retrouve veuve pour la seconde fois.

En 1989 j’achète une maison, que j’habite toujours actuellement.

J’ai aujourd’hui 82 ans.
Je vis seule entourée de l’affection de mes deux chats, et je suis très heureuse ainsi.

Ne me parlez pas d’un home pour « personnes âgées » .
Il est hors de question que je mette les pieds dans l’un de ces établissements. Je refuse de finir ma vie comme je l’ai commencé.

Je m’appelle Antoinette.
Quatre de mes cinq enfants habitent dans la région, j’ai 12 petits-enfants et 11 arrières petits-enfants.

                                                               FIN

auteur : Amy Madison

 

Publié dans Biographie

Commenter cet article