Saint-Laurent

Publié le par Amy Madison

La cité de Saint-Laurent est composée de deux villes bien distinctes, au nord, une grande abbaye se dresse au milieu de ses fidèles, logés dans de blanches habitations étroites surmontées d’un toit écarlate. Le monastère enfermé dans ses hauts murs gris semble isolé du reste du monde.

Au sud, le Gouverneur Oswald, frère du Prélat de l’imposant Diocèse, régit les marchands, et les nombreuses boutiques d’artisans dispersées dans les voies et les artères de la ville bercée d’un bourdonnement continu.

Une armée obéissante et bien entraînée protège la cité au-delà de ses épaisses murailles, et les cloches qui appellent les fidèles à l’office, n’ont jamais encore sonné le Tocsin qui alerterait la population d’une invasion imminente.

Sur la place centrale, des hommes et des femmes s’agitent au cœur d’un marché bruyant et accueillant. Sabrina n’a jamais vu autant de richesse en un seul lieu, elle s’extasie de tout.

Quelques habitants, jumeaux albinos multipliés en centaines d’unités, observent la fille, surpris de sa chevelure hors du commun. Sans aucune animosité, ils la guident vers la riche demeure du Gouverneur. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Sans le savoir, ils ont résolu d’accueillir cette inconnue dont les yeux étincellent d’innocente fraîcheur.

Oswald comprend bien les alarmes et les craintes de la petite, mais ne peut accéder à sa demande. La cité d’Arkhanium, autrefois amie, est à présent honnie. Une trêve a été conclue, qui les protège de ce Roi ivre de conquêtes. Mais, Intervenir dans leurs querelles intestines est hors de question. La fillette peut aller et venir à sa guise, les remparts la protégeront de la fureur d’Hector. Mais, envers et contre tout ils resteront neutres.

La pauvre enfant va trouver le Supérieur du Prieuré, mais là aussi la réponse est négative. On la prie instamment de quitter le lieu saint. Une impie, non-croyante ne peut s’éterniser en cet endroit sacré.

Sabrina découragée se retrouve seule dans cette ville étrangère, perdue au bout du monde, avec la menace d’un danger toujours présent hors des murs de cette cité. Elle se désespère de revoir un jour Valloria. Elle a faim et elle ignore où elle va pouvoir dormir.
Mais la chance est de son côté un couple d’habitants compatissants aperçoit la jeune fille désemparée et l’invite sous leur toit, elle aura tout de même quelque nourriture et un endroit pour passer sa première nuit à Saint-Laurent.

Au cœur de la forêt de Saint-John, Emeric se dirige lui aussi vers la ville. Il doit fréquemment s’écarter de sa route. Il n’a qu’un couteau pour se défendre. Aussi, dès qu’il entrevoit la présence possible d’un animal, il s’éloigne prudemment.
De longs détours fréquents lui font perdre un temps précieux. Il n’a pas l’impression d’être poursuivi, mais il doit atteindre cette ville, afin de se mettre à l’abri sans tarder.

La nuit le ralentit encore. Et juché sur la grosse branche d’un vieil arbre compatissant, il se blottit dans cette bienveillante couchette sécurisée. La faible lueur de la lune familière éclaire l’abri improvisé du jeune homme dissimulé dans cette alcôve secrète nichée au sein de la vaste forêt.

Une aube glaciale accueille les bruissements du réveil des petits animaux qui s’agitent sous la pâle végétation hivernale.
Emeric perçoit un son inhabituel. Il descend prudemment de son perchoir, et se dirige vers le bruit reconnaissable du piétinement d’un animal.

Il est tenaillé par la faim. Son couteau serré dans la main, il avance silencieusement. Derrière un bosquet, il aperçoit une bête au pelage clair. C’est un cheval. Après une ou deux secondes de stupeur, il le reconnaît. C’est celui de Rhéa.
Au moment de l’attaque des Civilis, mis à part Sabrina qui s’est enfuie sur son mustang, tous les chevaux se sont dispersés.

Il approche doucement de l’animal et parvient à l’enfourcher. Il ira ainsi beaucoup plus vite pour atteindre sa destination. Il galope à présent à la lisière de la forêt en direction de l’Est. Les sabots du cheval soulèvent des embruns immaculés sur la plaine couverte de poudreuse. Une heure plus tard, il arrive en vue de la ville.

Il y pénètre sans encombre. Tous les hommes et toutes les femmes qu’il croise sont blonds et leurs yeux sont d’un bleu très clair. Il ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec Rhéa, si identique à ces jolies jeunes filles.

Il s’interroge.

— Comment retrouver Sabrina ? Elle doit être arrivée dans cette cité, mais où donc la chercher ?

Il aperçoit au loin une austère abbaye entourée de hauts murs, mais il préfère s’en éloigner, ce bâtiment lui rappelle trop la ville d'Arkhanium.

Vers le sud, la populace est agitée. Ils s’activent tous. Les uns portent des sacs, d’autres conduisent des chariots chargés de marchandises. Il suit le flot humain qui le conduit vers une foule grouillante agglutinée autour de marchands achalandés sur une immense place.

Il avise une taverne où des clients goguenards vident leurs godets et s’entretiennent à voix haute. Il pénètre dans la gargote pour y dénicher quelque nourriture.
Le patron accepte de lui fournir le vivre et le couvert en échange du glaive ciselé qu’il lui présente. Il laisse sa monture attachée à droite du bâtiment auprès d’un abreuvoir destiné aux chevaux des clients de passage.

À une table voisine, il remarque trois hommes qui discutent avec un vieillard aux longs cheveux gris. Cette scène a attiré son attention. En effet, les trois interlocuteurs sont bien différents, ils ne sont pas blonds et à la vue de leurs cheveux châtains il a pensé être en présence d’hommes venant d’Arkhanium.

Mais ceux-ci ne portent ni la blouse du paysan, ni la tunique et le tabard en cuir des soldats. Leurs vêtements sont bien différents. Ils sont vêtus de larges pantalons et de maillots à manches courtes collés au corps sous une chemise plissée en toile. Leurs pieds et leurs mollets sont protégés par de hautes chausses attachées par des cordons et un bandeau de toile maintient leurs chemises serrées à leur taille. Ils sont costauds et baraqués et prêtant une oreille indiscrète à leurs propos, il perçoit qu’ils conversent de bateaux, de voiles, de gréements.

Ce sont des marins à n’en pas douter. Mais mis à part les trois nefs qu’Hector a fait construire afin de traverser les lacs, il n’y a pas d’océan près de sa cité. Ces marins ne viennent donc pas de chez lui. Il en est certain et s’interroge au sujet de ces hommes.

Malgré lui il les regarde fixement, et les trois balèzes finissent par s’en apercevoir. Le plus costaud des quatre, les yeux embués d’alcool se lève en titubant. Il s’approche du jeune homme assis à la table en roulant des mécaniques. Emeric se lève prêt à parer une attaque possible de ce géant qui le dépasse d’une tête.

— T’as un problème morveux !…

— Excusez-moi, votre apparence m’intriguait, et je….

Mais l’homme n’est pas enclin à discuter. La boisson qu’il a ingurgitée lui trouble l’esprit et il envoie un direct du droit a Emeric, qui surpris se retrouve étalé dans la poussière.
Des spectateurs encouragent le vainqueur qui se dirige de nouveau vers ce chenapan, pour lui donner une correction.

Quand soudain une forme chétive se glisse entre son adversaire et lui. Interdit, le colosse a devant lui une petite jeune fille haute comme trois pommes qui le toise.
Ses mains sur les hanches et la tête dressée vers lui. Elle lui ordonne :

— Laissez-le tranquille, ou vous aurez affaire à moi.

Le géant se tape sur les cuisses en s’esclaffant. L’un de ses compagnons aide le jeune homme à se relever en lui tendant une main secourable, et lui explique en désignant le colosse.

— Il ne faut pas lui en vouloir. Ce n’est pas un mauvais bougre, mais quand il a bu quelques verres il devient très irritable. Venez donc à notre table avec votre amie.

Sabrina attirée par le bruit de l’altercation a aperçu Émeric, et sans aucune hésitation elle s’est jetée devant son ami pour le défendre de ce monstre. Et cet homme rit à présent interloqué par l’intervention de cette petite fille qu’il pouvait écraser d’une seule main.

C’est ainsi qu’Émeric et Sabrina firent connaissance de ces marins venus d’Aventinus.

 

                                           (Amy Madison)

Publié dans extrait de roman

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