Le livre

Publié le par Amy Madison

Je suis un plébéien.
Nous, peuple de la Plèbe nous n'avons que le droit de vivre et de travailler, depuis bien longtemps les vieux, les faibles et les handicapés ont disparus de notre continent.

Nous sommes dirigés à présent par les Morgans, ils sont nombreux et vivent un peu partout. Ils nous surveillent et peuvent parfois se mêler à nous sans que nous puissions les reconnaître.Leurs dirigeants, des hommes riches et puissants décident de notre destin. Ils nous indiquent l'endroit où nous devons travailler et leurs espions nous surveillent .

Des djihadistes armés et motorisés parcourent les rues , ils patrouillent sans relâche à l'affut d'une occasion de pouvoir prouver leur valeur de combattant de l'Islam.

Dès que le jour se lève, ma femme me secoue. Encore endolori par le boulot effectué la veille, je me traîne péniblement à la table et avale rapidement un frugal petit déjeuner.

Un casse-croûte au fond de mon sac à dos, Je prends ensuite la route, et m'enfonce dans la pâle lueur de cette nouvelle journée, trois kilomètres de marche avant d'arriver à destination.

Après douze longues heures d'un travail harassant pendant lesquelles je transporte avec mes compagnons de lourdes barres d'acier récupérées à une tour gigantesque s'enfuyant vers le ciel, je retourne enfin dans le logis que je partage avec ma tendre épouse Aïcha et nos quatre enfants.

Elle m'ouvre couverte de la tête aux pieds , une contrainte de ces djihadistes qui n'hésiteraient pas à la tuer s'ils apercevaient la moindre parcelle de son corps ou mèche de ses si beaux cheveux noirs. La porte fermée , débarrassée de ses horribles linges qui la cache aux yeux de tous, elle redevient alors humaine, ma douce Aïcha.

Les enfants sont rentrés depuis plus de deux heures, ils fréquentent une école, mais ils n'apprennent pas grand chose d'utile, pourtant contrairement à moi, ils lisent couramment, ils sont également bilingues.

Du matin au soir ils étudient l'Islam et ils ont appris à lire en déchiffrant le Coran . Par amour pour Aïcha j'ai accepté de me convertir à leur sacro-sainte religion, moi l'athée confirmé, mais je considère cela comme une comédie . Ces prières ridicules et ces simulacres de discours continuels que l'on inflige à mes enfants me révoltent, un véritable lavage de cerveau.

Heureusement ,il y a le livre...

Un ouvrage écorné que mon grand-père m'a légué avant sa disparition, Hassan, mon fils aîné a insisté pour m'apprendre à lire. Je fais des efforts pour le contenter et chaque soir je l'ouvre mais j'arrive à peine à déchiffrer les mots lettre après lettre.

La fatigue m'emporte vite , quand il s'en rend compte Hassan me l'enlève des mains et le range précautionneusement au fond du placard . Et je m'endort bercé par les phrases à peine ébauchées qui me murmurent dans la tête.

Encore une page ce soir, l'histoire se dévoile enfin à moi , un jour j'arriverais à le terminer, j'y arriverai.

Son titre,étalé au centre de la couverture cartonnée, je le connais par cœur, "Germinal".

                           (Amy Madison)

Publié dans Nouvelle

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article