L'incendie

Publié le par Amy Madison

Je soulève les paupières que je referme aussitôt éblouie par une lumière aveuglante, je recommence lentement à entrouvrir les yeux, et je distingue une lampe au-dessus de moi ainsi que des murs blancs. Je tente de tourner la tête, mais une douleur fulgurante m’en empêche. Que m’est-il arrivé ? Je ne m’en souviens pas. J’essaye de me remémorer mon nom sans succès, les questions tournent sans fin dans mon cerveau et n’obtiennent aucune réponse satisfaisante. Et cette douleur qui ne me quitte pas, je soulève la main droite pour toucher ce visage qui est le mien et qui me fait un mal de chien, mais un fin tuyau terminé par une aiguille enfoncée dans mon bras m’en empêche. Je suis reliée à une machine à perfusion, je comprends enfin que je me trouve dans un hôpital, j’ai trop mal. Pourquoi ne me donnent-ils pas un calmant? C’est insupportable, je souffre le martyre, tout mon corps n'est plus qu'une plaie béante, je voudrais crier, mais je n’arrive qu’à gémir faiblement. Je soulève mon autre bras, le seul qui n’est pas pris au piège à un fil comme une vulgaire marionnette, et je me touche du bout des doigts, mais je sens une matière rêche. Des bandages ! Je suis couverte de bandage. Les larmes me montent aux yeux, ce n’est pas possible, c’est un cauchemar et je vais me réveiller.

Une infirmière s’approche, elle se place bien en évidence pour me permettre de la distinguer.

Elle me parle avec douceur, mais je n’entends pas ses paroles, intérieurement je hurle, pour qu’elle comprenne ma souffrance. Mais elle ne peut pas savoir, comment le pourrait-elle ?

Elle s’affaire au-dessus de moi, puis elle s’en va. Lentement, la douleur s’estompe et j’ai l’impression de flotter. Merci ! Je voudrais lui dire merci.

Je somnole, je me sens mieux. À présent, je ne peux plus respirer, une fumée âcre envahit mes poumons, je me couche à terre, il fait chaud bien trop chaud, ça me pique comme si l’on m’enfonçait des milliers d’aiguilles dans la peau, les flammes s’approchent de moi. Et, cette odeur irritante de soufre m’étouffe et me fait tousser, et puis cette chaleur qui me brûle les yeux et la peau, j’ai mal, trop mal, bien trop mal, je sais au fond de moi que c'est la fin, que je vais mourir. Et... je me réveille en sursaut.

Mon cerveau à enregistrer ce cauchemar, un souvenir de mon subconscient, un incendie qui a failli me coûter la vie.

Quelques jours plus tard, aidée par la drogue qu’ils m’injectent régulièrement, je supporte un peu mieux la douleur, un docteur est venu me voir, il m’a appris que j’étais brûlée au visage, aux jambes et au dos. Les pompiers m’ont sauvée in extremis. À quelques minutes près, je devenais une torche vivante.

Les souvenirs me reviennent peu à peu, les policiers sont venus m’interroger, mais je n’ai pas pu leur faire un récit cohérent.

Je me revois un verre à la main, d’avoir bu et fumé, ensuite tout est devenu flou, je me souviens de cris, d'une bousculade, de m'être cogné la tête ensuite le trou noir, quand je repris conscience, il y avait cette fumée et cette chaleur tout autour de moi.

Tout ce que je peux affirmer c’est que je m’appelle Aurélie que je suis âgée de 17 ans, et que je vais devoir subir encore de nombreuses greffes pour retrouver un visage humain.

auteur : Amy Madison

Publié dans Nouvelle

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