De l'autre côté

Publié le par Amy Madison

Mon corps ensanglanté est encore coincé dans la carcasse, je vois les secours arriver, les badauds qui se jettent telle une nuée d’insectes sur l’évènement, et moi je flotte à dix mètres au-dessus du sol.

C’est rassurant de sentir que l’on possède encore une conscience, mais ne devrais-je pas me retrouver dans un couloir et me diriger vers une lumière lointaine ?

Personnellement je ne vois encore rien de rien, mais bon l’auteur du livre que j’avais lu parlait de personnes revenues ensuite à la vie et je n’ai pas vraiment l’impression que je vais m’en sortir.

Je me sens bien dans le rôle du pur esprit.

Le décor change brutalement, je me revois petite fille et je tiens entre les doigts une mèche de cheveux blancs que je n’ai pas conservée longtemps, un souvenir de mon pauvre grand-père qui nous à quitté, terrassé par une foudroyante embolie.

Tout s’assombrit soudain et je me sens aspirée vers un obscur conduit, j’aperçois de faibles lumières autour de moi, que je pourrais qualifiés de feux follets. Mais je me rends compte que je brille moi aussi et je ne peux pas m’empêcher de suivre cette multitudes de lucioles. Elles se dirigent vers une magnifique lueur, à la fois douce et éblouissante, froide et chaude, et un immense bonheur me submerge, me transporte, jamais encore je n’avais ressenti une telle sérénité ni une telle euphorie. Moi qui n’ai jamais connu l’amour terrestre, je suis exaltée par celui de l’après-vie.

Nous arrivons au but ultime, et devant moi se déroule un spectacle que j'espérais contempler depuis toujours, la nature merveilleuse et sans limite, des arbres magnifiques et un gai ruisseau à l’eau claire et limpide.

Je ne vois plus les autres, serais-je donc seule ici ?

Le ciel est si bleu , il n’y a ni nuage, ni soleil et pourtant tout resplendit d’une magique clarté.

Des formes diaphanes apparaissent enfin l'une après l'autre, c’est sans doute cela que nous appelions âmes. Bientôt nous formons une véritable armée, il y en a partout, des grandes, de plus petites, certaines brillant plus que d’autres.

Mais la nature s’estompe à présent dans un épais brouillard, et une tornade gigantesque nous emportent tous, nous tournons ballottés par la bourrasque déchaînée.

Au loin, l’œil du cyclone noir et inquiétant nous fixe et nous attire inexorablement .

Après la douce quiétude du bonheur, la douleur à présent est intense, tous mes souvenirs se disloquent, s’effacent un à un sans que je puisse les retenir. Je ne sais plus qui je suis, je sens que mon esprit s’éteint peu à peu et glisse dans le néant.

                                    (Amy Madison)

Publié dans Prose

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zanatany 26/06/2017 22:14

Celui-ci j'aime bien