L'amant

Publié le par Amy Madison

 

Brusquement il s’extirpa de ma couche, le bel ange blond qui venait de réchauffer mon cœur de ses doux serments d’amour, et son corps brûlant de passion que j’aurais désiré sentir encore et encore blotti tout contre moi. Cet homme m’avait fait entrevoir le paradis sur terre mais le jour avait remplacé la douceur de la nuit et la vie triste et monotone reprenait ses droits. Il était si jeune, ce n’était plus un enfant, loin de là, bon nombre de femmes avaient sans aucun doute espérés tout comme moi que cette aventure d’un soir n’en soit pas une. Il enfila ses vêtements et son jeans qui le mettait si bien en valeur. Ce faisant, il me gratifia d’un merveilleux sourire, un dernier baise main et mon jeune amant s’éclipsa sans un mot.

Entretemps, je m’étais réveillée complètement, et le rêve s’estompait, mais ce n’était pas une illusion, tout cela était bel et bien réel, aussi réel que mon âge, les courbatures de cette nuit mouvementée venaient d’ailleurs me le rappeler. Cela restera un secret, mon secret ! Je me voyais mal raconter à mes amies cette rencontre inespérée. Elles se moqueraient sans doute ou en seraient envieuses.

Voilà pourquoi, comme chaque matin, je repris le chemin du bureau, je ne devais pas changer ma façon d’être, mais cela allait être difficile, je sentais mes yeux briller, je ne marchais pas comme d’habitude, je flottais et tout me paraissait plus beau, j’étais transportée par une fièvre incontrôlable et je me sentais plus jeune, plus belle que jamais, j’espérai le revoir , la communion et l’union de nos deux corps avait été si magique que je ne doutais pas qu’il ne l’ai pas ressenti lui aussi. Je gardai donc un silence obstiné et cela malgré les regards interrogateurs de mes collègues. La journée fut bien longue, mais après avoir remplis mes tâches journalières je quittai enfin mon travail le cœur gonflé d’espoir.

Et ensuite, je me dirigeai d’un pas rapide jusqu’à mon appartement, je n’avais que quelques minutes de marche, j’étais si absorbée et perdue dans mes pensées que je ne répondis pas au salut de ma voisine de palier. La jeune femme me rattrapa pourtant, et commença à discuter. Je lui répondis machinalement, oui, ma journée avait été excellente et le printemps tardait à venir... Je ne l’écoutais que d’une oreille, elle m’avait rendu service à plusieurs reprises et je ne voulais pas lui sembler trop impolie. Mes seules pensées à ce moment flottaient bien au-dessus des véhicules qui nous croisaient, bien au-delà des toits des immeubles, dans un monde imaginaire où je retrouvais mon prince et ses étreintes enflammées. Je comprenais qu’elle souhaitait m’inviter à prendre une tasse de café chez elle, et elle insistait, et insistait tant que je me résignais à accepter. Mais ajoutais-je :

— Juste pour cinq minutes.

Je gravis donc les deux étages à la suite de ma voisine. Encore une dizaine de marches, je suis essoufflée, j’ai toujours détesté cet escalier. La jeune femme est déjà arrivée et elle frappe à la porte, je suis un peu déconcertée, à ma connaissance elle vit seule. La porte s’ouvre et dans l’entrebâillement apparait un jeune homme blond, mon amant de cette nuit. Un regard vers moi, il m’a reconnu, mais il n’a pas bronché et il me gratifie d’un désarmant sourire à damner un saint.

— Enchantez, Mademoiselle !

 

Deuxième partie

— Je vous assure que je ne me souviens de rien.
Assise à cette table, ces deux hommes m’interrogeaient, leurs visages étaient sévères, ils ne croyaient pas un seul mot de ce que je m’évertuais à leur dire.
Je me rappelais les sourires de ma voisine et de Johnny, qui avait passé la nuit avec moi. En l’apercevant le ciel s’effondra, une vague de haine m’envahit, je n’entendis plus leurs paroles, la rage montait en moi, une rage destructrice, j’aurais souhaité que la mort m’emporte, que cela cesse, j’avais trop mal, c’était trop atroce, un cri inhumain jaillit des tréfonds de ma douleur, explosa en milliers de décibels incontrôlables. Puis le trou noir, et je me retrouvai assise sur cette chaise sans explication rationnelle à donner aux deux hommes qui me cuisinaient.
Qu’avais-je fait ?Johnny s’est retrouvé à l’hôpital, et des menottes m’enserrent les poignets.
— Bien, bien !...Madame serait donc amnésique, il vous faudra trouver autre chose.
Et l’autre de reprendre en tapant du poing sur la table.
— Alors, vous allez parler ! Pourquoi avoir poignardé cet homme ?
— Je ne sais pas, c’est surement vrai, mais je n’ai pas le souvenir de l’avoir fait, croyez-moi.
— Vous le connaissiez  ?
— Oui, j’ai passé la nuit avec lui.
— Et ensuite ?
— Je suis allée au bureau comme chaque jour, en retournant chez moi, j’ai croisé ma voisine qui m’a invité chez elle.
—Continuez.
— Elle a frappé à sa porte et mon amant de la nuit est venu ouvrir, le reste je ne m’en souviens plus.
— Je vais donc éclairer votre lanterne, vous êtes rentrée en hurlant dans l’appartement, toutes les personnes présentes dans l’immeuble peuvent en témoigner, puis vous vous êtes emparée d’un coupe-papier qui trainait sur le bureau et vous avez agressé votre soi-disant amant. Que vous avait-il fait ? Il vous avait violée, maltraitée cette fameuse nuit ?
— Je crois... sans doute... que j’étais jalouse !?
— Jalouse ? Il y avait donc une autre femme ? Son nom ?
—...
— Et bien, j’attends.
— Ma...ma voisine, elle était sa maitresse.
— Vous vous fichez encore de nous, reprit l’autre inspecteur. Votre voisine est en ce moment à l’hôpital, au chevet de son jeune frère.
— Pourquoi avez-vous poignardé ce jeune homme ?
Mais l’inspecteur s’interrompit, affalée sur la table je versais toute les larmes de mon corps.
— Allez inutile d’insister, on n’en tirera rien, dit-il à son collègue
— Vous regagnez votre cellule, marmonnât-il en me regardant.

 

                            Auteur : Amy Madison

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