Dominus Mundi (chapitre 3 : Latora)

Publié le par Amy Madison

3. Latora.

Arrivée dans sa chambre, elle s’assied sur son lit et fixe la cloison qui diffuse une lumière reposante. Elle essaie de se calmer, que va-t-elle faire ? Elle se rend bien compte que son père n’a pas le choix. Mais épouser cet homme, elle n’avait jamais imaginé qu’une telle chose lui serait imposée.

Elle se couche et blottit son visage au creux de ses deux bras repliés. Elle doit se ressaisir, il doit bien y avoir une solution.

Demain, elle doit effectuer sa première mission, comme tous les Acuits, elle est envoyée dans l’une des cités avoisinantes.

Esther a faim, elle se passe un peu d’eau sur le visage avant de sortir et se dirige vers le distributeur. Elle choisit son plat au hasard, le goût change un peu, mais l’aspect des menus proposé, même s’ils sont bien équilibrés, n’est pas très diversifié. Elle porte une portion à ses lèvres, décidément, ce qu’elle a choisi n’est vraiment pas bon.

Elle repose son plateau sur le compartiment déchets et prend un fruit dans la corbeille placée au centre d’une table. Ils sont cultivés dans les grandes serres. Des Latoris assignés à cette tâche y travaillent et remplissent chaque jour les paniers présents dans les réfectoires des différentes villes. En ce moment, il n’est pas très fréquenté. Des rires enfantins attirent son attention, une douzaine de petits se précipite vers le distributeur, ce sont des écoliers ordinaires. N’étant pas Acuits, ils travailleront plus tard dans les serres, au nettoyage, ou effectueront d’autres tâches utiles à la communauté. Les plus intelligents pourront passer en classe scientifique et devenir chercheurs, les garçons les moins doués seront aiguillonnés vers l’armée, cette armée qui grandit de jour en jour.

Esther comprend les raisons de son père la concernant, mais malgré cela elle ne peut s’y résoudre.

Elle partira demain, là-bas loin de Latora, elle pourra réfléchir à tout cela calmement, elle doit s’occuper l'esprit, changer de décor lui fera beaucoup de bien.

 

La voilà prête pour le départ.

Son amie Lorena lui a parlé de la première mission qu’elle a effectuée dans la ville côtière de Droknar à Aventinus. Elle lui a décrit la magnificence de l’océan. Une immensité bleue et cristalline qui s’étendait jusqu’au bout de l’horizon. Les timides ondulations de la surface de l’eau qui se transformaient en vagues déferlantes dont le ressac accompagné d’embruns nourrissait la cote dans un bruit déchirant.

Elle aurait voulu assister elle-même à un tel spectacle. Les fresques le représentant n’étaient rien, comparées à la réalité. Mais pas de chance, ce n’est pas la cité de Droknar qui lui tend les bras, mais, la ville grise et terne d’Arkhanium, elle se sent un peu déçue, mais c’est sa mission et elle l’accomplira.

Remisant sa tunique, elle a enfilé de simples vêtements de villageoise.

C’est le début de l’été, mais la chaleur tarde à venir. Une fine pluie est encore tombée cette nuit. Une légère bruine, qui a enveloppé les dômes de la cité de Latora. Elle ne sent pas la fraîcheur matinale, les parois translucides qui protègent les nombreuses villes grouillant d’une population hétéroclite absorbent la lumière extérieure pour réchauffer les serres et les logements des Latoris.

Ils sont bien isolés pendant la saison froide et la chaleur de la saison chaude est régulée par tout un système de ventilation intérieur.

Latora est pareille à une immense ruche. En son centre, la salle du conseil, c’est dans ce dôme central dans la capitale d' Alpha que vivent les Acuits membres privilégiés de la cité, le général Foley, ainsi que les hauts dignitaires scientifiques de Latora.

Des aires de repos agrémentent cette ville spacieuse aux habitations confortables composées de plusieurs pièces avec tout le confort. Une douce musique diffusée en permanence rythme la journée des Latoris, et cela dans tout le complexe.

De ce dôme central jaillissent quatre longs boyaux qui s’écartent chacun dans une direction différente, ils aboutissent aux autres villes. Maintenues sur des rails tendus au-dessus du sol, des navettes, sorte de véhicules oblongs pouvant contenir une douzaine de personnes, filent continuellement dans les deux sens à une vitesse vertigineuse.

Une aire de lancement souterraine accolée au dôme principal est protégée par un camouflage sphérique qui se confond à la flore environnante. Sous cette carapace protectrice, de puissants missiles sont prêts à être utilisés si un danger éventuel menace la paix de la planète.

Dans la ville de Beta, se situe le laboratoire et les logis des scientifiques, on y trouve également un hôpital bien équipé ou travaillent de nombreux Latoris. Ils ont mis au point de nombreux virus et vaccins. Et des robots perfectionnés commencent déjà à remplacer les Latoris dans certains travaux dangereux pour leur santé, d’autres sont utilisés à l’extérieur des dômes, car mis à part les Acuits aucun Latoris n’est autorisé à sortir du complexe sauf pour raison exceptionnelle.

Le dôme suivant englobe Delta où les quartiers du colonel Norton surplombent les casernes des militaires, une importante garnison y stationne.

À Sigma, les immenses serres procurent la nourriture à tous les habitants des différentes villes.

On y trouve des légumes, fruits et végétaux en abondance ainsi que des aliments protéinés, des noix, des graines et des légumineuses pourvues d'une extraordinaire richesse nutritionnelle et gastronomique. Seuls les fruits sont servis en leur état naturel.

L’eau nécessaire aux cultures et aux besoins en eau potable est puisée directement dans le sous-sol dans une nappe phréatique . Des stations d’épurations à l’intérieur du complexe filtrent les eaux pour un usage alimentaire.

Les ouvriers vivent dans le quatrième dôme dans la ville d’ Epsilon, on y rencontre une population bourdonnante et hétéroclite, les ouvriers qui travaillent dans les serres y résident, mais également des artistes , et tous ceux que cette société moderne et hiérarchisée a dû écarter de la conformité de Latora . On peut trouver de tout à cet endroit; des individus troquent, vendent des produits autorisés ou illicites. Des militaires y sont souvent envoyés pour tenter de maintenir un semblant d’ordre.

Le sous-sol est parcouru de dizaines de galeries . Une prison retient sous terre des délinquants et des meurtriers. Ils reçoivent le nécessaire en nourriture et en eau, mais ne sortent jamais de leurs cellules. La peine de mort n’existe pas à Latora, mais cet enfermement est atroce, si les peines légères de plusieurs années paraissent déjà insupportables, être confiné pour le restant de ses jours dans l’obscurité et une solitude permanente est pire que la mort et ces détenus s’ils ne deviennent pas complètement fous finissent immanquablement par se laisser mourir afin de fuir cet enfer.

 

                                          Auteur : Amy Madison

 

 

Publié dans extrait de roman

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