Le secret

Publié le par Amy Madison

 

 
J’habite dans un petit village comme il y en a tant d’autres.

Âgé de douze ans et orphelin de père, ma vie s’écoule monotone entre l’école, les devoirs et les corvées que je m’impose afin d’aider ma mère. C’est le début de l’été et nous sommes en pleine période de vacances scolaires.
 

Mais depuis ces dernières semaines, il se passe des choses peu ordinaires. J’entends de faibles chuchotements dans la maison, ils semblent sortir de sous les meubles. Mais quand je m’accroupis et glisse mon regard inquisiteur au ras du sol dans l’ombre des mobiliers d’où proviennent ces bruits étranges, je ne distingue rien, et ma courte respiration accélérée par la tension soulève une nuée de poussière invisible qui volète et se repose après quelques instants.
 
Des coupures de courants aléatoires se produisent de plus en plus fréquemment dans toutes les habitations, et la nuit, je n’arrive plus à m’endormir, j’entends toujours ces murmures inquiétants. Quand parfois ils s’arrêtent, je perçois les bruits de pas de ma mère qui elle non plus ne trouve pas le sommeil. Cette nuit encore, elle descend l’escalier le plus silencieusement possible, dans quelques minutes elle remontera, et demain je la verrai les yeux rouges et gonflés par le manque de repos.

Suite à cela, nous recevons un avis de la commune : à 22 heures un couvre-feu impose la coupure générale de courant dans toutes les maisons. Et les habitants sont convoqués à l’hôtel de ville.
J’accompagne ma mère, je constate que les gens avancent comme des automates, ils sont eux aussi épuisés, je me dis que cette insomnie générale est sans doute due à une épidémie. Mais cela n’explique pas ces chuchotements incessants et ces coupures de courant.

Le maire essaie de rassurer les gens, au sujet de ces bruits que plus d’un ont entendus, ce sont bien ces murmures qui empêchent les gens de s’endormir et causent cette insomnie qui touche de plus en plus de monde et ces coupures de courant aussi sont alarmantes , la seule parade face à cette situation est selon lui le couvre-feu et la coupure générale de l’électricité à partir de 22 heures, il décide également de distribuer des somnifères puissants à la population.

Rentré chez moi, je regagne ma chambre je suis bien résolu à résoudre ce mystère. Il fait bien trop sombre sous ma garde-robe, normal que je n’y vois rien, aussi je me munis d’une lampe de poche que ma mère cherchera en vain. Ce soir, elle se rabattra alors sur les bougies qui diffuseront leurs faibles lueurs dansantes.

Je m’installe sur mon lit et j’attends, serrant dans la main la torche, prêt à percer le secret de ce mystère. Les chuchotements commencent, mon cœur bat à cent à l’heure. Silencieusement, je glisse sur le sol et me déplace en rampant vers les murmures. La torche balaie le dessous du meuble, elle éblouit deux petits personnages terrorisés qui se taisent et s’immobilisent.

Je m’adresse à eux, ils ne sont pas bien effrayants.
— Qui êtes-vous ? et que faites-vous là ?

L’un des deux me répond d’un air surpris :
— Mais… tu peux nous voir ? demande –t-il.

— Bien sûr, pourquoi vous cachez- vous sous les meubles ? C’est vous qui êtes la cause de ces insomnies et des coupures de courant ?

— Nous sommes des lutins, comment arrives-tu à nous voir ?

— Avec ma torche magique lui dis-je en dirigeant le faisceau lumineux vers eux.

— Arrête ça s’il te plait, nous ne faisons rien de mal, nous avons besoin d’énergie pour inverser le processus, mais à chaque fois que nous nous connectons c’est un échec. Nous avons essayé toutes les maisons une à une. Nous n’arrivons pas à recharger la machine, pas assez de puissance.

—La machine? Vous pouvez me montrer ?

Les deux Lutins se concertent à voix basse.
— D’accord nous pouvons t’emmener, mais tu dois nous faire confiance. Tiens ! Dit le plus âgé des deux en me tendant une petite fiole.

J’examine ce minuscule flacon qui ne contient qu’une quantité infime d’un liquide ambré, sur l’étiquette collée sur le verre il est inscrit « buvez-moi ! ».

Avec quelque appréhension, je vide le contenu de la fiole. Il ne se passe rien, en tout cas c’est ce qu’il me semble, mais petit à petit je sens des picotements sur tout le corps et je vois les lutins grandir, et grandir encore. En même temps la lampe torche me parait si lourde qu’elle m’échappe de la main.

Je fini par comprendre, ce n’est pas les lutins qui ont grandi, mais moi qui ai rapetissé.

(à suivre)
 
                               (Auteur : Amy Madison)

Publié dans contes pour enfants

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