Captive : Une jeune fille est enlevée , à son réveil elle se retrouve dans un abri entouré par une meute d'énormes loups. Extraits du roman EKKLOSION

Publié le par Amy Madison

 

 

 

Rhéa se réveille, elle a mal au crâne. Avec le jour naissant, une lumière tamisée pénètre à travers les nombreuses échancrures de ce précaire abri de branchage au centre duquel elle est étendue. Elle distingue des ombres. Elle entend des grognements et des grattements furtifs et répétés.

Comment a-t-elle atterri ici ? Elle se souvient s’être assoupie dans la clairière, ensuite c’est le trou noir.

Un homme bizarre pénètre par une ouverture, il s’approche en progressant à croupetons. Assise en tailleur, elle l'observe avec méfiance. Elle a un mouvement de recul quand il approche la main. Mais il s’intéresse uniquement à sa chevelure dorée.

L’homme est vêtu d'une peau d’ours bien épaisse. Il est chaussé de mocassins en peau. Son allure est sauvage, mais amicale. Une masse hirsute de cheveux noirs cache en grande partie un visage hâlé aux yeux noirs de jais. Pour toute arme, il possède un couteau rudimentaire fixé à son côté. Pour la tirer vers l’extérieur, il s’agrippe à son bras, en poussant des cris inintelligibles.

Elle se retrouve en face d'une énorme bête au regard hypnotique. Terrifiée, elle se recroqueville sur elle-même. L’homme, lui, ne semble pas effrayé. Autour d’eux, il y a d’autres monstres, aussi longs qu’un cheval, quoiqu’un peu moins hauts.

Aucun doute, ce sont bien des loups, mais ils ressemblent si peu à ceux qu’elle a déjà rencontrés. Elle aperçoit neuf ou dix ombres grises et noires qui se déplacent dans ce campement provisoire. Leurs yeux ardents la fixent curieusement. Ils n’ont pas l’air agressif.

Ces indigènes poussent des grognements et des hurlements pour communiquer avec les fauves. Ils s’expriment également dans un idiome inconnu.

Couverte d’une pelisse bien chaude, elle s’installe sur un long traîneau tiré par un énorme canidé. Certaines bêtes servent de montures aux hommes intégrés dans cette meute, d’autres sont attelés formant des équipages chargés de vivres et d’eaux fraîches.

Ils avancent pendant des jours sur une fine étendue neigeuse, ne faisant halte que pour avaler de la viande séchée imprégnée de sel, et se désaltérer ensuite de cette nourriture qui les assoiffe. Rhéa n’a pas pensé une seule seconde à tenter de s’enfuir, ces loups l’auraient rattrapée en un rien de temps.

Le paysage change. La plaine a cédé la place à une étendue froide. La végétation se transforme peu à peu en une forêt de conifères. Une fine poudreuse ensemence le sol de ses cristaux gelés. Ils avancent avec difficulté vers le nord dans une tourmente colossale. Ils se traînent, à moitié suffoqués dans un aveuglant tourbillon de neige glaciale.

Quand le jour décline, la tempête se calme un peu, ils se hâtent d’atteindre de petits abris plantés en bordure de l’étendue arborescente, ces légères huttes, étapes nécessaires pour passer la nuit, subissent souvent des dégâts causés par les intempéries et de menues réparations s’imposent.

Le matin venu, ils poursuivent leur marche harassante.

En bordure d’un lac jouxtant la forêt, se dessine enfin un petit village composé de cahutes aux toits recouverts de neige. Les hommes s’y calfeutrent avec leurs bêtes qui couchent dans une grange attenante à leur habitation principale.

Pourquoi l’ont-ils enlevée ? Peut-être va-t-elle enfin avoir une réponse à cette question qui l’obsède.

Un des indigènes de la troupe pénètre dans une case. Elle perçoit alors des cris furieux et incompréhensibles qui retentissent dans le silence environnant.

Un homme sort brutalement de l’habitation, un énorme fauve bondissant à ses côtés, il s’arrête un instant pour flatter l’animal, un grand loup au pelage argenté.

Cet homme d’un certain âge est recouvert de fourrure. Il porte un bonnet de poil qui lui couvre les oreilles et la nuque. On aperçoit ses yeux bleus dans un visage hâlé creusé de profonds sillons. Il s’approche de Rhéa, et prend la parole :

— Jeune fille, il faut les excuser. Ces idiots ne devaient pas vous amener ici. Je vais donner l’ordre qu’ils vous ramènent chez vous à Saint-Laurent. Mais après ce long voyage, vous devez être bien fatiguée, accepter donc notre hospitalité.

Rhéa n’en revient pas, ce vieil homme qui semble être le chef de cette peuplade parle sa langue.

— Je suis de Valloria. Avant d’être enlevée par vos hommes, je me dirigeais vers la ville de Saint-Laurent. Mes amis doivent être morts d’inquiétude.

— Valloria ? Je ne connais pas, vous êtes pourtant bien une Laurentienne. Nous seuls avons les cheveux aussi blonds et les yeux aussi clairs. D’un geste vif, l’homme ôta son bonnet qui dissimulait une opulente masse de cheveux blond presque blanc.

— Vous faites erreur, je suis une amazone de la cité de Valloria, et je m’appelle Rhéa.

— Bienvenue, Rhéa, je me nomme Tekoa.

Il continua :

— La cité d’Aventinus se situe à quelques jours de marche. Nous avons des relations amicales avec ce peuple. Quand nous nous aventurons dans la Taïga gelée, nous rencontrons parfois des Aventins. Ils possèdent de nombreux navires qui sillonnent les océans ainsi qu’une armée puissante. Leur territoire est très étendu, et leur économie florissante. Vous pourrez facilement atteindre Saint-Laurent, à partir de cette cité, il vous suffira de trouver un voilier qui vous emmènera de l’autre côté du golfe. D’ici un jour ou deux, mes hommes et moi-même pourrons vous accompagner vers le nord jusqu’à Aventinus. Mais, il vous faut à présent reprendre des forces, et une dernière chasse est prévue avant notre départ. Un hiver rigoureux s’annonce et nous devons emmagasiner des réserves.

Elle accepte donc d’aller vers le nord en compagnie de Tekoa et de ses hommes-loups. En attendant, la chasse qu’il mentionne lui donne envie d’y participer.

— Je vous accompagnerais bien à la chasse, dit-elle. Si j’avais encore mon arc et mes flèches, j’aurais aimé me joindre à vous.

Tekoa héla l’un des indigènes :

— Taleka ang kobak ya ganta. 

— Yodi, Kamalan 

Et le jeune homme qui répondit apporta un carquois et un arc à la jeune femme.

— Mais, ce sont mes armes, dit-elle. Merci Tekoa.

— De rien fillette, mais elles ne vous seront d’aucune utilité, ce sont les loups qui chassent, nos hommes et leurs montures rabattent uniquement le gibier. De plus, vous ne possédez aucun loup.

— Comment faut-il faire, pour dresser un loup ?

— Ils ne sont pas dressés, ce sont eux qui choisissent leur compagnon. Sachez,  jeune fille, que n’importe laquelle de ces bêtes pourrait vous broyer d’une seule morsure. Nous les respectons et ils ne nous craignent pas.

Vous voulez apprendre. Alors, je vous confie à Yuma. D’un signe, il appelle l’indigène qui lui a donné ses armes.

— Yuma, Tukoma lobo ina Kiona.

— Yodi, Kamalan, murmura-t-il.

— Vous pouvez traduire ce qu'il dit, lui demanda-t-elle.

— Ce garçon va vous trouver un loup.

— Oui, mais…

D’un regard, il lui ordonne le silence.

— Faites-lui confiance, il va vous montrer. Rhéa accompagne donc le jeune homme qui lui fait signe de la suivre.

— Gamal Kiona.

— Oui, je vous suis.

Le garçon s’arrête et il s’assoit sur le sol, elle l’imite. Comment diable va-t-il s’y prendre ?

Elle observe le jeune homme. Il paraît plutôt jeune, c’est un beau garçon au teint basané semblable à ses compagnons. Ses cheveux longs sont d’un noir de jais, et ses yeux sombres lui confèrent un regard chaud et profond. Un pendentif en forme de griffe orne sa poitrine d’adolescent dissimulée sous une fourrure grisâtre.

Elle observe le jeune homme. Il paraît plutôt jeune, c’est un beau garçon au teint basané semblable à ses compagnons. Ses cheveux longs sont d’un noir de jais, et ses yeux sombres lui confèrent un regard chaud et profond. Un pendentif en forme de griffe orne sa poitrine d’adolescent dissimulée sous une fourrure grisâtre.

Il se redresse légèrement en prenant appui sur ses talons, et il prend un morceau de viande dans un sac de toile qu’il a emporté avec lui.

Tout en ne quittant pas des yeux la meute de loups, il s’adresse à la jeune fille.

— Namuka, lobo. 

Elle ne comprend rien à ce qu’il dit, mais il lui tend le morceau de viande alors elle s’en saisit. C’est de la chair crue, elle est écœurée par ce sang qui souille ses mains.

Elle ne remarque pas tout de suite un grand loup blanc qui s’approche d’eux, elle lève enfin les yeux, le monstre s’approche en grognant. Il retrousse ses babines, et dévoile ses crocs tranchants comme des lames qui luisent en reflétant la lumière d’un soleil froid et glacé. De son regard immobile, il fixe Rhéa, et il hésite à s’approcher encore.

Le jeune homme chuchote à l’attention de la jeune fille.

— Tukoma, kiona, Tukoma. 

Elle a compris. Elle tend les bras, et présente au fauve le morceau de chair saignante. Celui-ci fait un bond en avant et attrape le présent. Il se retire et va le dévorer à quelques mètres.

Rhéa fixe le jeune homme. Il ne bouge pas. Elle reste immobile et attend.

Le loup rassasié revient lentement. Il s’approche des deux jeunes gens, il s’assoit enfin en face d’eux. Lentement, le garçon se relève et force Rhéa à se redresser. Il la pousse doucement vers le fauve toujours assis. Avec un grognement, la bête se redresse tandis que la jeune fille s’approche de lui.

Elle est morte de peur, mais elle ne quitte pas les yeux de l’animal. Encore un mètre, maintenant elle est à sa hauteur. Le loup tourne autour d’elle, il la frôle, il la sent.

Elle avance la main, il s’immobilise. Enhardie, elle caresse doucement la fourrure blanche. Elle vient de comprendre, elle est parvenue à se faire accepter par la louve.

 Le jeune homme l'interpelle :

— Kiona ! 

Elle semble ne pas comprendre, il lui fait donc un signe de la main et l’appelle de nouveau :

— Gamal ! Kiona. 

Elle se dit qu’elle devrait apprendre au moins quelques mots. Elle met sa main sur sa poitrine pour se présenter

— Je suis Rhéa… et toi ? fait-elle en le désignant du doigt. Le garçon réfléchit un instant puis répond.

— Yuma. Et en la désignant :

— Kiona. !

— Non pas Kiona …Rhéa, Rhé…a.

— Ka, naguibaï, naguibaï, kiona, na mala …Rhéa.

Et le jeune homme s’éloigne en souriant.

Elle est invitée à se restaurer de viande cuite préparée avec soin, un meilleur repas que la nourriture ingérée lors de ce périple forcé.

Le village des indigènes est blotti à la limite de la taïga, à proximité d’une étendue d’eau, un immense lac.

Mais contrairement à celui qui borde la cité de Valloria, il est gorgé d’eau salée.

Pour se nourrir, ces hommes chassent dans la forêt en compagnie des loups. Ils rabattent bruyamment le gibier vers les fauves embusqués prêts à se précipiter sur les victimes affolées.

Les loups reçoivent une part du butin et ils gardent le reste, cette viande constitue leur principale nourriture. Une partie sera plongée dans du sel extrait de l’eau du lac, ensuite séchée à l’air libre. La viande sera ainsi conservée en cas de déplacement, et afin de subsister quand arrivera le froid rigoureux des longs mois de l’hiver.

Chez les hommes-loups la chasse se prépare, mais Rhéa est déçue, le jeune homme lui a permis de posséder un loup, mais comment le monter ? Elle l’ignore encore.

Le lendemain matin, Rhéa interroge le chef de la petite peuplade d’hommes-loups :

— Tekoa, j’aimerais participer à la chasse, mais comment puis-je faire pour monter ma louve?

— Yuma ne vous l’a donc pas expliqué ?

— Non, il est parti en baragouinant dans sa langue et je n’ai rien compris.

— Ah, le vaurien !... Je constate qu’il s’est bien moqué de vous.

Et Tekoa ajoute :

— Yuma parle parfaitement votre langue jeune fille, d’ailleurs le voilà qui arrive.

Rhéa est furieuse. Dire qu’elle a essayé de se présenter alors qu’il comprenait son langage.

 

Yuma approche d’elle et la salue :

— Bonjour, Kiona.

Rhéa ne répond pas, elle ne regarde même pas le jeune homme qui se reprend :

— D’accord, bonjour Rhéa.

— Bonjour Yuma.

— Tu viens avec moi, je vais t’apprendre à monter la louve.

— Oui, j’arrive.

Elle est un peu calmée, Yuma l’a tout de même appelée par son nom. Ils se dirigent tous les deux vers les loups.

— Regarde Rhéa, ta louve est là, donne-lui de la viande. J’en ai apporté. Tiens !...

Rhéa prend la viande et va nourrir la bête, qui s’éloigne un peu pour se rassasier.

— À présent, regarde.

Il pousse un hurlement.

— Ahouuu ! Et un grand loup gris s’approche.

Il lui donne un ordre :

— Tibaka !  Et la bête s’allonge sur le sol.

Yuma monte sur son dos, et s’étend contre lui tout en s’agrippant à sa fourrure.

— Sakam !...  S’écrie-t-il, et le fauve se met à avancer. Et, plus il répète cet ordre, plus il avance vite. Il s’éloigne d’une centaine de mètres puis revient avec sa monture.

— Tibaka ! Et le jeune homme se laisse glisser sur le sol.

Rhéa est stupéfaite. Cela semble si simple. Va-t-elle pouvoir y arriver ?

— J’ai bien compris, tibaka pour qu’il se couche, et sakam pour qu’il avance.

Yuma rétorque en souriant.

— Oui, et pour l’appeler, il te faudra apprendre à hurler.

— C’est n’importe quoi, réplique-t-elle. Yuma éclate de rire. Pourquoi a-t-elle l’impression qu’il se moque d’elle à nouveau ?

Rhéa s’éloigne vivement du jeune homme et s’approche de la louve blanche.

Elle prononce.

— Tibaka !... Et la bête s’étend sur le sol. Elle grimpe alors sur son dos et s’allonge sur le fauve. Elle se cramponne à son pelage.

— Sakam !...Crie-t-elle, et la louve se met en marche.

C’est très différent du cheval, elle est déséquilibrée, aussi elle se colle le plus possible contre le dos de l’animal, c’est mieux ainsi, elle ne tombera pas. Elle répète “Sakam” et la louve accélère, “Sakam”, et elle se met à courir plus vite. Elle a parcouru trois cents mètres quand elle arrête sa monture.

Elle en est descendue, mais elle ignore comment ordonner au fauve de faire demi-tour. Elle rage contre Yuma, il ne lui a pas tout précisé. Elle va devoir rentrer à pied.

À ce moment, elle voit arriver Yuma juché sur son loup. Il s’arrête à sa hauteur.

— Tu es trop pressée. Il faut pouvoir la diriger avant de monter dessus.

Rhéa réplique :

— Oui, j’ai remarqué, comment dois-je faire?

— Il ne faut pas avoir peur de la blesser, sa fourrure est épaisse, tu dois l’empoigner et la tirer énergiquement vers toi du côté où tu désires aller, main droite ou main gauche.

— Merci, j’ai compris, elle réfléchit un instant.

— Dis-moi, « Kiona », ça signifie quoi au juste ?

Yuma lui répond.

— Kiona cela veut dire "colline dorée", et puisque tu désires tout savoir, Yuma c’est "fils du chef", ajoute-t-il fièrement.

Et le jeune homme lui fait un petit salut de la tête. Il remonte ensuite sur son loup et prend la direction du campement.

Rhéa l’imite, elle sait à présent diriger sa louve.

Ils sont prêts pour la chasse, Tekoa lui a bien expliqué, il est hors de question de tenir son arc sur la bête, elle n’aurait plus aucune stabilité. Les seules armes permises sont de courtes dagues ou poignards qui peuvent aisément se glisser dans la ceinture.

Leur cavalier accroché à leur dos, les bêtes s’élancent, elles se déplacent très rapidement et Rhéa s’agrippe de toutes ses forces. Les loups hurlent, ils rabattent le gibier vers leurs congénères dans la forêt. Parfois, sa nouvelle monture fait un saut pour franchir un obstacle et Rhéa a bien des difficultés à se maintenir sur le fauve bondissant.

La meute ralentit. Elle entend des hurlements, des grognements. La jeune fille voit Yuma faire demi-tour, elle le suit. La chasse est à présent terminée. Des hommes vont récupérer leur part de viande. Rhéa est fourbue. Elle dormira bien cette nuit.

Le lendemain matin le campement est très animé, les indigènes chargent des peaux d’ours, des réserves d’eau et de nourriture en suffisance pour le long voyage qui les attend.

Ces gigantesques canidés sont très costauds. Un seul suffit pour tirer une charge importante. Les hommes montent sur le dos de leurs fauves.

Tekoa s’informe :

— Rhéa allez-vous monter votre louve ou bien vous installer sur un attelage?

— Je vais la laisser me porter. Ensuite si je suis trop fatiguée, je prendrais place sur un des traîneaux.

— Très bien, vous êtes la seule fille du voyage. D’ordinaire quand nous emmenons des femmes, elles ne chevauchent pas. Vous pouvez charger vos armes si vous le désirez.

— Merci, c’est déjà fait. Yuma nous accompagne-t-il ?

— Oui, bien entendu, il est là-bas, et elle l’aperçoit accroupi auprès de sa monture, elle se dirige vers lui. Elle a bien envie de le taquiner un peu cette fois.

— Salut, fils de chef.

— Salut, colline dorée, lui répond-il.

— Dis-moi, es-tu donc le fils de Tekoa ?

— Non, je ne suis pas son fils, mais Tekoa s’est occupé de moi. Mon père était le chef de cette tribu, il a été tué par un ours un peu après son arrivée. J’étais un petit garçon orphelin et il m’a pris sous son aile.

— Je comprends, et ta mère, est-elle toujours en vie ?

Yuma n’a pas envie d’en parler, il élude la question.

— Il est temps de partir Rhéa, lui dit-il.

Et le jeune homme, imité par la jeune fille, monte sur le dos de leur loup.

La troupe avance accompagnée de cris bruyants destinés aux bêtes. Puis le silence s’installe, à peine troublé par le glissement discret des traîneaux sur la neige épaisse.

Yuma trotte sur son fauve aux côtés de Rhéa.

Il lui lance :

— Dans trois kilomètres, c’est la frontière, et nous pénétrerons dans la Taïga sur le territoire des Ungavas.

Rhéa espère que ces indigènes sont amicaux, Yuma ne semble pas inquiet, il lui a juste indiqué le chemin qu’ils empruntaient.

Couchée sur sa louve, elle est bercée par le trot de la bête, ils n’avancent pas très vite, elle se tient bien sans devoir s’agripper exagérément. Un bonnet de poils emprisonne sa chevelure blonde, une fourrure lui couvre les épaules, et de hautes bottes de peau que Tekoa lui a données la tiennent bien au chaud. Elle commence également à sentir la chaleur de la douce toison de l’animal.

« C’est très agréable de voyager à dos de loup », pense-t-elle.

Ils pénètrent dans la Taïga désertique, les traîneaux laissent des griffures parallèles à la surface d’une plaine éclatante, et des pins alourdis de neige se dressent fièrement jusqu’au bout de l’horizon. Ils côtoient un petit lac gelé et de fins ruisseaux inertes saisis par un froid soudain.

Ce royaume de glace est éclairé par un soleil froid qui réfléchit ses rayons sur la neige scintillante.

Un ciel bleu éblouissant auréole l’immense étendue immaculée.

Parfois, un renne abrité derrière un rassemblement de pins s’enfuit à leur approche.

Les loups évitent les bouquets d’arbres, quelques broussailles enneigées disséminées çà et là, et continuent leur route dans cette Taïga polaire.

Le jour tire à sa fin et les hommes-loups installent le campement. Ils dressent des tentes perpendiculairement au vent. Elles sont constituées de peaux huilées, les ouvertures de ces abris bien fermés sont opposées au sens du vent. Des fourrures y sont déposées à même le sol et les isolent du froid.

Les bêtes se regroupent et un grand feu est allumé à proximité.

Rhéa fatiguée par la longue randonnée s’est retirée sous une tente où elle s’assoupit. Un hurlement la réveille.

Elle se glisse à l’extérieur, il fait sombre, seule la lueur blafarde de la pleine lune éclaire le campement .mais quelque chose ne va pas, Rhéa ne voit pas les loups. Ils devraient pourtant être là, mais le camp semble désert. La jeune fille s’approche du feu, elle distingue Tekoa qui contemple les flammes du foyer.

Elle s’avance silencieusement vers le chef, mais elle s’arrête soudain, interdite, un hurlement interminable déchire le silence nocturne, puis un autre lui répond.

Rhéa s’adresse à l’homme assis :

— Bonsoir Tekoa, je ne vois pas les loups, ou sont-ils donc ?

— C’est toi Rhéa, tu m’as surpris, je ne t’ai pas entendu venir.

— Les hommes sont-ils déjà tous endormis?

Encore un hurlement.

— Ils chassent, répond Tekoa.

— Pourquoi ne pas m’avoir réveillé, j’aurai pu les accompagner ?

— Ils ont besoin de viande fraîche, répond le vieil homme.

Rhéa a l’impression qu’il ne lui dit pas tout, il ne la regarde pas dans les yeux, et il répond trop sèchement.

— Ils reviendront demain matin ajoute-t-il, vas dormir petite !

Elle n’insiste pas, passant près de la tente de son ami, elle jette un coup d’œil à l’intérieur, personne, ils sont donc bien partis chasser.

Elle retourne se coucher, mais son sommeil est agité. Elle rêve de Yuma, elle le voit sur le dos d’un loup qui a les yeux injectés de sang, il est cramponné à la bête, qui se met ensuite à hurler.

Quand Rhéa se réveille, Le soleil étincelle déjà à l’horizon. Le jour est levé depuis une heure ou deux. Elle sort de son abri, tous les hommes sont là, elle avise Yuma occupé à charger un traîneau.

— Bonjour, Yuma, tu as bien dormi ?

— Oui merci, et toi ?

— Ne te fiche pas de moi tu veux. Où étiez-vous cette nuit ?

Yuma lance un coup d’œil à Tekoa qui s’approche d’eux.

Tekoa lui répond :

— Je te l’ai dit jeune fille, ils sont partis chasser, tu poses trop de questions.

Rhéa rétorque :

— C’est à Yuma que je m’adressais, pas à vous, et elle lui lance un regard désapprobateur.

Rhéa s’éloigne. Dès qu’elle a le dos tourné, elle entend Yuma qui parle avec Tekoa dans cette langue inconnue.

Elle abandonne, après tout ils sont libres d’aller où ils veulent ce n’est pas son problème. Elle est tout de même dépitée, car elle sent qu’on lui cache quelque chose.

De doux rayons flamboyants, une injure à la froideur hivernale, agrémentent cette triste journée.

Yuma à présent progresse à l’avant du convoi, il n’a plus adressé la parole à Rhéa. Le jeune homme se sent impuissant et incapable de donner une explication cohérente à la jeune fille, cette unique raison l’a poussé à s’écarter d’elle.

Rhéa se sent triste et déçue, elle a cru à son amitié alors qu’il n’a cessé de lui cacher une vérité qu’elle n’arrive pas à imaginer, et le pire il s’éloigne d’elle.

Profitant d’une halte, et dans une ambiance qui lui chagrine le cœur, la jeune fille, seule auprès de sa louve, grignote son maigre morceau de viande. Une ombre se profile derrière elle, c’est Tekoa. Il s’est rendu compte du manège des jeunes gens. Il se sent responsable et il veut tenter de réparer les dégâts. Il s’assoit aux côtés de Rhéa.

— Il ne faut pas lui en vouloir, certaines choses nous dépassent et nous ne pouvons pas en parler aux étrangers.

— Il est vrai que je ne vous connais que depuis peu de temps, me tenir à l’écart est compréhensible, mais c’est de sa propre volonté qu’il s’écarte de moi. Je ne lui reproche rien.

— Il imagine sans doute le contraire. Vous devriez avoir une explication avec lui, je le connais il est plutôt têtu.

Après s’être rapidement restaurés, les hommes-loups reprennent la marche.

Une floconnade pressée chute sur la jeune fille qui cache son visage dans le nid douillet de sa monture.

L’épais pelage des canidés, mêlés à la chaude protection des humains, forme une union solidaire de fourrures confondues, et esquisse un contraste saisissant sur la pâleur de cette vaporeuse cataracte enneigée.

Épuisée, l’averse de neige diminue et s’arrête enfin. La journée s’étire lentement. Sous un soleil effacé par un ciel gris, les heures s’écoulent dans un paysage uniforme et silencieux.

Les hommes loup, sombres sosies d’ours grelottants, s’affairent au montage de leurs abris. Un foyer incandescent, crachant de nombreuses flammèches crépite gaiement, égayant une obscurité prête à s’affaisser.

Rhéa s’installe auprès du feu, elle observe les fauves regroupés à quelques mètres, l’un d’eux s’ébroue pour chasser le duvet blanc accroché à sa toison, un autre lèche une écorchure ramenée de l’expédition de la nuit dernière.

Yuma s’est approché des flammes lui aussi. Par instant son regard dérive vers la jeune fille. Rhéa se lève et s’approche de lui.

— Bonsoir Yuma.

— Bonsoir, lui répond-il un peu sèchement.

La jeune fille à un frisson.

— Tu as froid ? lui demande-t-il.

— Approche-toi un peu, viens, et il passe son bras autour des épaules de la jeune fille.

— Ça va mieux ainsi ? lui demande-t-il, et il ajoute :

— Je suis désolé pour ce matin.

Rhéa pose une main sur ses lèvres.

— Ne dis rien, murmure-t-elle.

La lueur du foyer éclaire les yeux du jeune homme qui brillent dans le crépuscule. Il est si beau dans cette obscurité naissante. Une douce chaleur l’envahit et elle pose sa tête sur son épaule.

 

 

Yuma lui parle. Il lui dit qu’il n’avait pas envie de lui raconter ce qui était arrivé à sa mère. Qu’elle avait eu un accident et qu’il en était responsable. C’est son père qui lui avait trouvé son premier loup, il lui avait appris à le monter alors qu’il n’était encore qu’un jeune garçon.

Il s’étonnait parfois de trouver le camp déserté par les hommes et leur fauve. Ils laissaient seuls femmes et enfants auprès des tanières. Malgré les questions qu’il posait, il n’obtenait aucune réponse.

Alors un jour, ce fut le drame, accompagné de son jeune loup, il décida de les suivre.

Le ciel virait au rouge quand le garçon s’aventura dans les sombres taillis de l’épaisse végétation. L’ombre de la nuit envahissait l’espace à mesure qu’il progressait. Les étoiles s’allumèrent une à une. Et la lune apparut enfin. Un disque parfait d’un cristal d’une pureté sans égal.

Un hurlement retentit foudroyant le fragile silence, le courage du petit éclata en morceau. Sa faible monture s’arrêta brusquement. Malgré les injonctions du gosse, le louveteau restait sur place dans une immobilité alarmante.

Après quelques longues secondes, il fit volte-face, et il bondit, entraînant l’enfant dans sa course folle. Il avait senti un danger et il fuyait vers la sécurité de la plaine.

Quand Yuma rentra enfin, dépité de ne pas avoir rejoint son père, les femmes l’attirèrent à l’écart. Sa mère paniquée par son absence avait quitté la sécurité du camp pour se lancer à sa recherche. Mais elle ne le retrouva point.

— Un loup l’avait égorgée, expliquaient les femmes éplorées.

Baissant les yeux vers le visage abandonné sur son épaule, Yuma ajouta :

— C’est pour ta sécurité que nous t’avons menti.

Mais elle ne l’entend plus, elle s’est endormie. Il l’emporte dans sa tente, et effleure son front d’un baiser.

 

Rhéa et les hommes-loups arrivent en vue de la côte. Ils sont à quelques centaines de mètres d'un comptoir marchand. Des kalas venus sur des traîneaux chargés de peaux d’ours palabrent avec des commerçants.

Cet endroit en bord de mer, un immense marché très animé est uniquement séparé d’Aventinus par un chenal, des bacs font la navette entre ses deux rives.

Tekoa explique à Rhéa qu’ils vont troquer des peaux contre un cheval. Il est en effet hors de question que les hommes et leurs loups traversent le bras de mer. Rhéa devra donc y aller seule.

— Yuma ne peut-il m’accompagner, je ne connais pas cette contrée, et il pourrait peut-être m’aider dans mes recherches ?

Yuma arrivant à sa hauteur entend sa question et lui répond :

— Je ne me suis jamais aventuré sur cette île. Mais si tu veux, je t’accompagne, il nous faudra seulement partager le même cheval, nous n’avons pas énormément de marchandises à troquer et il nous est impossible de nous procurer deux montures.

— Aucun problème, merci, Yuma.

Elle s’imagine déjà sur le mustang en sa compagnie. Collée contre lui. Et, elle a un léger frisson.

Elle chasse cette image de son esprit, ce qui importe avant tout est d’atteindre Saint-Laurent et obtenir de l’aide pour aider sa reine de la folie du roi Hector.

(En effet, pour votre compréhension, je dois rajouter ici une explication :

La reine des Amazones est prisonnière du roi Hector qui règne sur la cité d’Arkhanium, de Lakina et de Nipigon et pour se rendre maitre de Valloria (la cité des Amazones) il lui faudrait traverser une rivière infranchissable, et seule les Amazones connaissent le passage à emprunter. Rhéa accompagnée de quelques Amazones et d’un jeune homme d’Arkhanium se sont enfuis afin de se rendre à Saint-Laurent pour y chercher de l’aide, mais Rhéa a malheureusement été enlevée et séparée du groupe des fuyards)….

Les hommes-loups chargent le nouveau destrier d’un sac chargé d’eau potable et de victuailles obtenues auprès des commerçants.

Tekoa s’adresse discrètement à son fils :

— Anak, Pabalik loob kumi araw.

Et Yuma lui répond :

— yodi tataï.

Rhéa comprend quelques mots comme Anak qui veut dire fils et Yodi qui signifie oui. Elle n’a pas tout saisi, elle constate que Yuma acquiesce aux paroles du vieil homme.

Le regard du chef est sombre, Yuma s’approche alors et le serre un moment dans ses bras. Il veut le rassurer, lui faire comprendre qu’il reviendra et qu’il n’y aura aucun problème.

Les deux jeunes gens prennent place sur l’embarcation. Le cheval est un peu nerveux, Rhéa le calme tout au long du trajet.

 

Une brume épaisse masque l’horizon. Perdue dans l’atmosphère froide et humide s’élevant de l’étendue aqueuse, on ne distingue pas encore l’autre rive. À quelques brasses de la côte, quelques bateaux de pêche sont amarrés au quai d’un petit port. Noyées dans un épais brouillard, leurs voiles blanches se pressent frileusement aux abords de l’île. Elle apparaît peu à peu semblable à un lointain mirage.

Ils débarquent enfin sur la côte d’Aventinus. Après s’être renseignés sur le chemin à suivre, ils se dirigent vers la ville côtière de Droknar.

Leur expédition va durer plusieurs jours. Ils devront ensuite se procurer un voilier qui les emmènera à Saint-Laurent.

Rhéa est assise devant Yuma, il la tient serrée contre lui, et malgré un froid moite qui tente de s’insinuer entre eux, l’étreinte du jeune homme l’embrasse toute entière. Une bouffée de chaleur s’éveille au creux de son ventre et enflamme tout son être. Elle faiblit et inconsciemment en signe d’abandon et de confiance, elle laisse sa tête sombrer un moment contre l’épaule du garçon. Elle sent son souffle sur sa joue, et elle ferme les yeux, glissant dans une languissante félicité.

Yuma guide le cheval, son cœur bat la chamade, il a senti Rhéa se couler contre lui pendant quelques longues secondes. Elle s’est reprise à présent, mais il n’a pas rêvé.

Au premier regard, il a été séduit par la jeune fille. Mais comment pourrait-elle aimer quelqu’un comme lui, c’est impossible, il ne se fait pas d’illusion, quand elle saura qui il est vraiment, elle s’enfuira, effrayée, ou pire, le détestera. Il doit lui parler, il le faut. Elle a le droit de connaître la vérité.

Avant qu’il ne s'aventure sur cette île, son père l’a mis en garde. Le temps presse, dans six jours il doit avoir quitté Aventinus, car à la nouvelle pleine lune il se transformera, et si sa métamorphose s’effectue en cet endroit, il courra un réel danger.

Pour leur sécurité, lui et ses semblables doivent vivre isolés et à l’écart des autres humains. Les hommes n’accepteraient jamais leurs différences. Ils seraient chassés et exterminés. Depuis ses seize ans, il se transmue en loup à chaque pleine lune. Il a encore quelques jours devant lui. Dès qu’il en aura l’occasion, il avouera tout à la jeune fille.

 

 

Rhéa et Yuma font une halte, ils ont encore un long chemin à parcourir. Il leur faudra plusieurs jours de cheval et le temps n'est pas vraiment encourageant. Ils ont fait un feu pour se réchauffer. La température qui s’est un peu adoucie aux alentours de midi baisse rapidement.

Rhéa observe furtivement le jeune homme. Il est vraiment adorable. Il semble si triste en ce moment. Quelles noires pensées peuvent assombrir son doux visage, pense-t-elle ?

Si elle pouvait le rassurer. Lui dire qu’elle se sent si bien en sa compagnie. Qu’elle souhaiterait effacer ces rides sur son front et ce voile de tristesse dans ses yeux !

Yuma la fixe, il voudrait lui dire qui il est vraiment, lui avouer que jamais il n’aura une vie normale. Il n’est pas un humain ordinaire. Il sera toujours un demi homme, une bête monstrueuse les soirs de pleine lune, et jamais il n’aura le droit d’aimer. Et pourtant il l’adore cette fille, mais à quoi bon.

Rhéa lui demande :

— Est-ce que ça va Yuma ?

Le jeune homme lui répond en hésitant :

— Oui, ça va, puis reprends, je voudrais te dire certaines choses, et là, je ne sais pas trop comment m’y prendre.

— De quoi parles-tu ?

—Tu ne me connais pas vraiment… Yuma s’interrompt un instant.

— Dis-moi…

— Si tu apprends qui je suis, je crains qu’on ne soit plus amis, et que tout soit différent.

— Rien ne pourra m’empêcher d’être ton amie, dit la jeune fille.

— Même si tu découvres que je suis un monstre ?

— Tu n’es pas un monstre, qu’est-ce que tu racontes.

— Très bien, dit-il.

Il ne la regarde plus et lui lâche d’une seule traite :

— Les nuits de pleine lune, je me transforme en loup et je vais chasser avec mes frères.

Rhéa ne répond pas, elle ne s’attendait pas à un tel aveu. Elle comprend tout à présent, l’attitude de Tekoa, ses mensonges.

Yuma interprète le silence de la jeune fille comme un reproche. Elle le voit comme il est à présent, et tout est fini. Ce qui n’a jamais commencé est déjà achevé. Il se lève et s’éloigne d’elle. Rhéa déroutée par sa réaction ne dit mot. Elle le sent trop nerveux pour l’instant, elle lui parlera plus tard. Elle lui dira que ça n’a aucune importance, elle sait bien qu’il ne lui fera jamais de mal. Elle lui assurera qu’elle a confiance en lui et qu’elle imagine sans peine ce qu’il doit endurer à chaque pleine lune.

---------------------------------------------------------------------------

Yuma et Rhéa cherchent un abri. Ils ont presque atteint la première ville. Un fermier compatissant a proposé aux jeunes gens une place dans l’écurie où ils pourront se reposer bien au chaud dans le foin.

Yuma ne trouve pas le sommeil, il écoute les chuchotements du vent et les murmures étouffés de la nuit.

Prétextant que la bête était éreintée, il a laissé Rhéa monter seule sur le mustang. Il a marché à ses côtés. Il ne pouvait plus supporter de la sentir contre lui. Un cheval pour deux c’était une très mauvaise idée.

Il entend des bruits et des grattements. Les chevaux sont agités. Ce n’est pas encore la pleine lune, mais l’atmosphère est étrange et le jeune homme veille pendant de longues heures.

Yuma s’est assoupi un peu avant l’aube, et il dort encore quand de tendres rayons s’insinuent entre les planches disjointes de l’appentis et réveillent la jeune fille. Rhéa ouvre silencieusement la porte, afin de ne pas troubler le sommeil de son compagnon. Elle distingue à quelques mètres un tonneau rempli d’eau de pluie, elle s’avance vers lui pour se rafraîchir, quand elle s’arrête net.

Une énorme hyène au poil gris mêlé de noir l’observe. Rhéa est terrifiée, la jeune fille recule lentement pour s’éloigner du dangereux carnassier. Elle recule pas à pas.

Le prédateur la fixe toujours. Une glaire rougeâtre s’écoule en permanence de sa gueule entrouverte qui laisse apparaître des dents tranchantes. Ses hurlements troublent le silence matinal. La bête est blessée, un combat avec un guépard qui lui disputait sa proie a mal tourné. Elle a soif. Elle s’approche inexorablement de la jeune fille. Sa vision est trouble, elle voit en elle une ennemie qui veut lui prendre son eau. Malgré cette lancinante douleur, elle est prête à bondir pour déchiqueter son adversaire.

Rhéa est presque arrivée à la porte de la grange, quand soudain à une vitesse inimaginable Yuma s’est placé devant elle.

Son regard devient hypnotique. Il fixe la bête. Pendant quelques secondes, les iris de ses yeux virent au jaune. Le molosse se calme, et avec un hurlement plaintif il se retire sans demander son reste.

Rhéa est appuyée contre le mur de l’écurie, Yuma s’approche d’elle.

— Tu n’as rien? lui demande-t-il en dégageant quelques mèches dorées qui cachaient son visage.

Rhéa le fixe l’air interrogateur, la main du jeune homme s’attarde sur sa joue qu’il effleure doucement. Rhéa baisse les yeux, leurs visages se frôlent et leurs lèvres se rejoignent lentement en un doux baiser rempli de promesse.

Les mots sont bien inutiles à présent, dans l’immense tendresse de leurs corps enlacés, la fièvre consume leurs cœurs et élève leurs âmes, plus haut que le firmament.

Seuls au monde pendant un long moment d’éternité, à l’abri de la dure réalité du monde, Rhéa et Yuma ne font plus qu’un. Le radieux éclat d’un soleil pétillant berce l’union des deux jeunes adolescents éperdus d'amour.

 

                                       FIN DES EXTRAITS (Du roman EKKLOSION)

 

(Auteure Amy Madison tous droits réservés)

 

 

Publié dans extrait de roman

Commenter cet article