Amour aquatique

Publié le par Amy Madison

 

 

Cela fait des heures que je tourne dans ce désert d'eau morte tapissé de sable blanc.

À la chaleur suffocante d'un soleil qui n'a cessé de réchauffer l'eau qui m'entoure, a succédé l'obscurité teintée de lueurs multicolores et aveuglantes.

Et ces sons étouffés, toujours les mêmes, accompagnés de martèlements sourds dont les échos transpercent l'univers liquide qui nous entoure, moi et mes compagnons d'infortune, sont insupportables.

L'oxygène se raréfie. Quelques-uns de mes congénères ont déjà abdiqué.  Affaiblis, ils se retrouvent gisants au fond de notre prison.

Leurs faibles battements de nageoires sont les seuls signes qui témoignent encore de leurs existences aquatiques.

Les plus jeunes, s'accrochant à la vie, remontent à la surface chercher l'oxygène qui leur est nécessaire pour survivre. En quelques battements de mes nageoires caudales, je me précipite à leur suite, vers les lumières, vers le rythme endiablé de la musique, vers la vie.

Une lampée salutaire me revigore, et je fixe intensément les limites de notre cage de verre. Des ombres se dessinent, je vois des yeux énormes. Des tentacules roses qui se collent aux parois me font frémir de terreur.

Je me laisse couler, porté par cette eau stagnante et trouble.

À quoi bon lutter, trop de bruit m'étourdit, trop de chaleur m'étouffe et l'asphyxie me guette.

Quand soudain, je suis empêtré dans les mailles d'un filet, puis ensaché comme une vulgaire marchandise.  Ballotté ensuite de gauche à droite, les lumières disparaissent, les bruits s'estompent. Fatigué, je me laisse bercer et je glisse dans une douce torpeur.

Je sors enfin du sommeil superficiel où j'étais plongé.
Je n'en crois pas mes yeux, un véritable paradis se dévoile à mes regards.

Ma précédente prison, une cage désertique à laisser la place à un royaume luxuriant de plantes aquatiques, je m'ébats dans une eau vive et bien oxygénée portée à une température idéale, le seul bruit perceptible est un ronronnement tendre et agréable.

D'une jarre brisée, jaillit un geyser de bulles qui se pressent gaiement pour aller éclater à la surface. Je me précipite dans ce torrent cristallin, les coquines en profitent pour me chatouiller les écailles. Tout est merveilleux ici!

Après ce doux bain de jouvence, j'explore les lieux. Je croise une dizaine de minuscules poissons presque transparents, qui en petits soldats bien obéissants, se déplacent tous dans la même direction.

Quelques poissons-ventouses, accolés obstinément à la vitre de l'aquarium, ne bougeraient pour rien au monde.

Rien d'intéressant. Aussi je me dirige vers le fond où une épaisse végétation s'agite lentement dans cette eau vivante.

Propulsé par mes deux paires de nageoires caudales d'un bel orange vif, je force le passage entre les plantes, mais quelque chose se dirige vers moi. Trois  poissons plats triangulaires blancs, avec sur le devant un long filament, s'approchent rapidement en écartant les plantes grimpantes sur leurs passages. Ces bolides m'évitent de justesse et se dirigent vers une grotte que j'aperçois à l'instant.

Je reprends mon exploration, j'arrive dans une sorte de clairière, la végétation y est encore présente, mais de moindre taille, elle me permet de découvrir la merveille des merveilles, un luxueux château, un véritable palais des mille et une nuits.

Mes yeux déjà proéminents s'ouvrent encore davantage devant ce chef-d’œuvre.

Autour de ce château gravitent d'autres poissons. L'un d'eux, il doit s'agir du mâle, a le corps jaune avec des taches noires. Il a une magnifique nageoire dorsale mauve et rose qui danse dans l'eau cristalline, et sa queue en forme d'éventail de la même teinte l'accompagne dans un ballet multicolore et mélodieux. Son harem, formé de trois femelles roses et sans panache, le suit docilement.

Le groupe n'arrête pas de tourner autour du château, me voyant approcher, ils s'éloignent enfin.

Je m'approche de la cavité d'entrée, mais j'hésite, y aurait-il un danger? Pourquoi diable, le groupe précédent, a-t-il omis d'y pénétrer?

 Je cogite de la sorte, quand soudain, la réponse à mes questions apparaît à mes regards.

 Une femelle ! La plus belle que je n’ai jamais contemplée sort du château, loin d'être aussi fade que ses compagnes, sa nageoire caudale est bien plus développée, et sa queue en éventail n'a rien à envier au mâle, maître de son harem.

Sa couleur est en tout point identique au mâle, elle est merveilleuse et j'en suis tombé amoureux au premier regard.

    (Auteure : Amy Madison)


 

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